Célébration du lieu que nous appelons tous notre chez-nous : La réconciliation au cœur des relations des habitants de la côte ouest de l’île de Vancouver

Document de réflexion préparé pour la Commission canadienne pour l’UNESCO par Erinn Linn McMullan

Ottawa, Canada, mars 2018

Les opinions exprimées dans le présent article sont celles de l’auteur et ne coïncident pas nécessairement avec les vues ou les politiques de la Commission canadienne pour l’UNESCO.

À propos de l’auteure 

Erinn Linn McMullan

Rédactrice-réviseure de la côte ouest, Erin Linn McMullan est titulaire d’une maîtrise en création littéraire de l’Université de Colombie-Britannique avec concentration en histoire communautaire, en enjeux régionaux, en science de la mer et en conservation. Elle est l’auteure de Northern Medicine et la rédactrice de Sambaa K’e Then and Now, 2e édition, qui présente des histoires de survivants de pensionnats indiens traduites du slavey du Sud et les enjeux contemporains que rencontre cette collectivité dénée éloignée des Territoires du Nord-Ouest. Elle a travaillé avec des universitaires autochtones de l’Université de l’Alaska et de l’Université de Lethbridge sur l’histoire des clans, les répercussions du colonialisme, les arts et la culture traditionnels, notamment la révision de l’exposition de conservation en ligne : « Hands of Time: Bush Women on the Land ». Elle a réalisé une étude de faisabilité pour Champagne and Aishihik First Nations et a coordonné la conférence « Governing Under the Midnight Sun » qui a reçu un prix Bravo. Cette conférence visait à souligner les 30 ans d’autonomie gouvernementale des Premières nations du Yukon, le centenaire des lois du Yukon et le cinquantenaire de l’Alaska. Elle a participé à la rencontre au hišinqʷiił le 17 septembre 2017. En plus de « Celebrating a Place We All Call Home », elle a rédigé les articles suivants sur les questions autochtones : « Ancient Coin Sheds Light on the Yukon’s Diverse History », « Pocketful of Change » et fait la critique de l’exposition de la Confédération des Pieds-Noirs du Glenbow Museum et des livres These Mysterious People: Shaping History and Archaeology in a Northwest Coast Community et Bill Reid: The Making of an Indian. Elle est fière d’être la mère d’une fille de descendance autochtone.

À propos de Clayoquot Biosphere Region

Clayoquot Biosphere Region a été désignée Réserve de biosphère de l’UNESCO en l’an 2000. Les réserves de biosphère sont des aires portant sur des écosystèmes ou une combinaison d’écosystèmes terrestres et côtiers/marins reconnues au niveau international dans le cadre du Programme sur l’Homme et la biosphère de l’UNESCO (dit Programme MAB, « Man and Biosphere Programme »). Créé en 1971, le Programme MAB vise à appuyer la mise en œuvre et l’échange de pratiques exemplaires locales et régionales en matière de durabilité (développement durable), en se fondant sur la recherche interdisciplinaire, le dialogue entre divers acteurs et la participation des communautés. Il y a actuellement 18 réserves de biosphère au Canada, incluant Clayoquot Biosphere Region, lesquelles sont localisées dans neuf provinces et territoires.

C’est lors du 4e Congrès mondial des réserves de biosphère que le Plan d’action de Lima du Programme MAB et de son réseau mondial des réserves de biosphère a été approuvé. Conformément à sa vision et à son énoncé de mission, le Plan d’action de Lima accorde beaucoup d’importance à l’essor de sociétés en harmonie avec la biosphère en vue de la réalisation des Objectifs de développement durable et de la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030. À travers le Plan d’action de Lima, le Réseau mondial des réserves de biosphère s’engage à protéger et promouvoir les systèmes de savoir locaux et autochtones et développer des partenariats avec les communautés autochtones vivant au sein des réserves de biosphère. La rencontre régionale hisinqwiit démontre de quelle façon Clayoquot Biosphere Region remplit son mandat international dans le contexte du Plan d’action de Lima ainsi que son mandat national, dans le contexte des appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation.

À propos du Clayoquot Biosphere Trust (CBT)

Le Clayoquot Biosphere Trust mène et appuie la recherche, l’éducation et les programmes qui font avancer la conservation, qui développent notre compréhension des processus naturels dans les écosystèmes marins et terrestres, et qui font la promotion de la santé des personnes et des collectivités partout dans la région de la biosphère de Clayoquot Sound. En tant que fondation communautaire, le CBT a géré un fonds de dotation et a administré le financement de programmes à partir des revenus générés par le fonds depuis 2000. 

Nous remercions le gouvernement du Canada pour son soutien financier et le Fonds communautaire pour le 150e anniversaire du Canada pour sa contribution à l’événement.

Nous sommes reconnaissants envers la Commission canadienne pour l’UNESCO d’avoir fourni le soutien financier nécessaire à la création de ce document de réflexion et de cette vidéo dans le cadre de leur série pour la Réconciliation en action.

Crédit : Melody Charlie
Crédit : Melody Charlie

Introduction

Cours de langue 

hišinqʷiił : se rassembler à l’intérieur

La Dre Bernice Touchie a appris aux participants la façon de prononcer hišinqʷiił, le nom nuu-chah-nulth de l’événement choisi par les aînés, qui signifie se rassembler à l’intérieur. C’est ce qu’ont fait les huit collectivités de la côte ouest de l’île de Vancouver et quelque 800 personnes rassemblées sous une immense tente dressée dans le stationnement du Centre d’accueil Kwisitis à la réserve de parc national Pacific Rim (RPNPR) par un dimanche pluvieux, le 17 septembre 2017. Cet événement régional respectait les protocoles culturels, y compris la date coïncidant avec la nouvelle lune et choisie par des moyens traditionnels. Les Yuutuʔiłʔatḥ, en partenariat avec le Clayoquot Biosphere Trust (CBT) et Parcs Canada, étaient les hôtes de l’événement en l’accueillant sur leur territoire, sur le site de leur village ancestral.

« L’endroit où nous nous trouvons est très spécial. Kwisitis était notre village, c’est chez-nous », a expliqué Tyson Touchie après avoir souhaité la bienvenue sur le territoire des Yuutuʔiłʔatḥ à la foule. « Ici, nous nous sentons en paix, et notre souhait est que vous vous sentiez de la même façon. » 

S’adressant à tous au nom des Ha’wiih (chefs héréditaires), il était accompagné du Tyee Ha’wilth, le chef héréditaire Wilson Jack, vêtu du chapeau de cèdre traditionnel et de la tenue cérémonielle.

« Je veux simplement rendre hommage à nos ancêtres, en ce lieu qui est notre patrie. Ici, nous ressentons leur présence, et c’est ce qui rend cet endroit si unique. De temps à autre, ils viennent ici pour voir si nous allons bien. » M. Touchie a raconté comment une aînée Hesquiaht lui avait appris à parler au nom de son peuple. En déposant ses mains sur ses épaules, elle lui a dit : « Lorsque tu parles, tu sens les mains de tes grands-parents sur tes épaules, et toutes tes paroles seront bonnes. »  

« C’est ici que mes ancêtres vivaient, faisaient la récolte d’aliments traditionnels et amarraient leurs canots », raconte Jeneva Touchie, membre élue de l’Assemblée législative des Yuutuʔiłʔatḥ et du comité exécutif dans lequel elle est responsable du portefeuille des services communautaires. « En fait, les vestiges d’une maison longue se trouvent ici à Wickanninish. Cette terre est spéciale et sacrée pour les Yuutuʔiłʔatḥ. Même si elle fait dorénavant partie de la réserve du parc national Pacific Rim, la Première nation des Ucluelet y possède toujours des terres visées par un traité, à quelques minutes de marche d’où nous nous trouvons. »

« Parcs Canada et les Yuutuʔiłʔatḥ sont des partenaires qui collaborent. C’est incroyable ce que nous pouvons accomplir lorsque nous nous entraidons, et c’est ce qui explique notre présence aujourd’hui. Il importe de travailler ensemble pour bâtir un avenir meilleur, non seulement pour cette génération, mais pour celles à venir. »

Cette journée a été agrémentée d’un repas de saumon, ainsi que de récits, de chants et de danses traditionnels. C’est toutefois la discussion à cœur ouvert entre les collectivités qui en a constitué l’élément central. Pour ces collectivités provenant des municipalités d’Ucluelet et de Tofino, de la zone C du district régional d’Alberni-Clayoquot et des cinq Premières Nations, Hesquiaht, Tla-o-qui-at, Toquaht, Ahousaht et Yuutuʔiłʔatḥ, c’était une occasion particulière, car elles se rassemblent rarement en un seul lieu, et ceci, en partie en raison de leur isolement géographique. Les chefs des huit collectivités ont eu un moment pour parler et montrer un aspect de leur culture, ce qui a mené à un important échange culturel et à l’enseignement de la tradition et des protocoles autochtones aux participants non autochtones. 

Avec des personnes des collectivités éloignées se déplaçant par bateau-taxi et par autobus d’aussi loin que Port Alberni, situé à plus de 100 km du site, le transport a posé un défi particulier aux organisateurs.

« Dans les jours précédant l’événement, je soulevais littéralement 2 000 livres de blocs en béton avec une grue (pour fixer la tente) et je coordonnais les bateaux-taxis et les entrepreneurs pour que tout soit opérationnel », se souvient Brooke Wood, coordonnatrice des relations avec les collectivités du CBT, qui décrit son rôle au cours de cette journée comme étant celui de « tout orchestrer ». 

« Les autobus et les gens arrivaient », y compris les 60 premières personnes d’Ahousaht. « Parmi elles, trois personnes venant d’Ahousaht étaient trempées de la tête aux pieds et voulaient une bonne tasse de thé chaud. Je savais que je n’avais pas de soucis à me faire », se souvient Mme Wood. En dépit de la pluie et du manque de bénévoles, un groupe de 26 bénévoles s’est mobilisé. 

À titre de partenaires de cet événement, les employés de Parcs Canada ont fourni du soutien à l’accueil, la traduction, la logistique et le stationnement. « Les employés du parc Pacific Rim ont travaillé très fort pour tisser des liens avec chacune des neuf nations Nuu-chah-nulth. Pour nous, ce fut un honneur de travailler avec elles », souligne la directrice de la réserve du parc national Pacific Rim, Karen Haugen, elle-même membre des Premières Nations Huu-ay-aht. Les Nuu-chah-nulth sont tellement doués, non seulement pour l’accueil, mais aussi pour l’organisation, et c’est ce que nous faisons à Pacific Rim; nous travaillons vraiment de concert avec nos partenaires Nuu-chah-nulth pour tout organiser en vue d’accueillir les nombreux visiteurs qui viennent dans cette région absolument merveilleuse. » 

La réserve de biosphère de Clayoquot Sound est située sur la côte ouest de l’île de Vancouver, en ColombieBritannique, Canada. La fondation communautaire de la région, le Clayoquot Biosphere Trust (CBT), dessert toutes les collectivités de la région de la côte ouest, en plus de celles de la région de la réserve de biosphère.

Points de vue sur la façon d’avancer ensemble  

Écoute active 

« Le rassemblement régional était une journée parfaite pour être à l’écoute et pour connaître le point de vue de tous les chefs des collectivités sur la façon d’avancer ensemble dans la bonne direction », observe Rebecca Hurwitz, directrice générale du CBT. « Ce rassemblement remplissait parfaitement la mission de l’UNESCO visant à construire la paix dans l’esprit des hommes et des femmes, dans un pays relativement pacifique. » 

Reconnaissance de la diversité régionale 

« En 2016, le conseil d’administration du CBT a entamé des discussions concernant les célébrations du 150e anniversaire du Canada. Nous avons longuement parlé de ce que cela signifie de célébrer ou de reconnaître cet anniversaire dans un pays où l’identité canadienne est très différente d’une personne à l’autre, explique-t-elle. Certaines personnes ont une forte identité canadienne et d’autres ont une identité Nuu-chah-nulth, une identité japonaise ou une identité métissée. »

Image 1 : Géographie des zones terrestres et marines/aquatiques de la côte ouest de l’île de Vancouver (en anglais seulement).
Image 1 : Géographie des zones terrestres et marines/aquatiques de la côte ouest de l’île de Vancouver (en anglais seulement).

« Le Clayoquot Biosphere Trust est la seule organisation qui inclut les membres de toutes les collectivités au sein de son conseil d’administration », souligne Cathy Thicke, coprésidente du CBT, désignée par le district de Tofino depuis les six dernières années. 

« À bien des égards, nous sommes un modèle pour le reste du Canada », précise Mme Hurwitz en faisant allusion à cette diversité et en expliquant qu’en tant qu’employés du CBT, ils ont la responsabilité de faire de la vision du conseil une réalité. 

Même si ce rassemblement régional n’était pas un potlatch, le hišinqʷiił a ravivé les discussions sur l’interdiction du potlatch par le gouvernement canadien de 1885 à 1951. En effet, pendant 66 ans, le droit de se rassembler, de chanter, de danser et de se raconter des histoires comme les collectivités l’ont fait le 17 septembre 2017 a été prohibé.

Pendant l’événement, le chef Maquinna, Tyee Ha’wilth de la Première Nation Ahousaht, a souligné que : « potlatch est un mot qui nous vient de la langue Chinook ». Il a aussi attiré l’attention des gens sur les percussions qui accompagnaient la chanson du souper des Ahousaht, une tradition qui remonte à 17 générations.

« Je crois que cela vaut la peine qu’on y réfléchisse un moment », a suggéré le maire de Tofino, Josie Osborne, pendant l’événement. « Nous n’aurions pas pu accomplir ce que nous accomplissons aujourd’hui si les lois n’avaient pas été modifiées il y a 66 ans. »

Les partenaires Nuu-chah-nulth du CBT ont aussi souligné que tout ce qui a entouré le partage d’un repas, de sa préparation au nettoyage par la suite, fait partie de la célébration des liens entre les collectivités qui nous en apprend beaucoup sur les usages traditionnels en matière de consolidation de la paix et de collaboration. Afin de déterminer une date pour l’événement, il a fallu prévoir sa tenue après la pêche au saumon et choisir délibérément une autre date que celle du 150e anniversaire de la Confédération canadienne. 

« Je crois que la réconciliation est un concept très complexe », se confie Tammy Dorward, coprésidente du comité exécutif du CBT, choisie par les Ha’wiih pour représenter les Tla-o-qui-aht. « J’y ai longuement réfléchi pendant un an et demi, depuis le moment de l’annonce du financement de FCC (Fondations communautaires du Canada) jusqu’au jour de l’événement. Comme elle le souligne, « célébrer le 150e anniversaire du Canada peut être difficile pour le peuple autochtone lorsque nous pensons et réfléchissons aux injustices historiques qui ont été commises, non seulement sur cette terre, mais dans le monde entier ». En explorant plutôt les thèmes de « sentiment d’appartenance, à une collectivité et à une région », elle a découvert une façon qui permettait aux peuples autochtones qui s’impliquent auprès du CBT de soutenir tant le processus que le projet. 

Mme Dorward, qui prodiguait des conseils sur le protocole tout au long du processus de planification, a demandé l’avis d’une aînée qui l’a encouragée à concentrer ses efforts sur son propre rôle. « Je devais déterminer le rôle que j’avais à assumer pour que les futures générations soient prises en charge et puissent vivre dans un endroit sain. » 

« Je ne crois vraiment pas que la réconciliation peut survenir de manière abstraite, à la demande du gouvernement fédéral, mais qu’elle est amenée par les relations que nous entretenons les uns avec les autres. Nous devons tirer profit de chaque jour pour nous soutenir, nous aimer, collaborer et vivre ensemble », dit-elle de façon à encourager les collectivités rassemblées au hišinqʷiił.

« Je tiens simplement à dire aux pionniers, aux mumuthne, aux Canadiens qui ont fondé leurs sociétés sur nos terres, que nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer ce que nous appelons tous notre chez-nous », conclut-elle en s’adressant à la foule. 

Crédit : Melody Charlie
Crédit : Melody Charlie

En tant que coanimatrice avec Celena Cook, de Yuutuʔiłʔatḥ, Mme Hurwitz a souligné à quel point elle était honorée non seulement de concrétiser la vision exposée par le conseil d’administration l’année précédente, mais aussi de travailler pour une organisation en mesure de saisir la complexité du 150e anniversaire du Canada, alors que cet événement suscite à la fois célébration, reconnaissance et résistance. 

Dans un article du Ha-Shilth-Sa, le plus vieux journal des Premières Nations du Canada, Carla Moss a déclaré : « la directrice générale du CBT, Rebecca Hurwitz, a été félicitée pour avoir choisi d’écouter les collectivités et de répondre à leur besoin de célébrer les relations à l’échelle régionale, séparément de la Fête du Canada ». 

« Sachant que la célébration devait auparavant coïncider avec la Fête du Canada, nous vous remercions Rebecca, a déclaré Ha’wilth Muuchinink. Les nations qui évoluent autour du CBT et qui en sont la raison d’être voulaient célébrer leur propre fête, et non celle du Canada. Nous apprécions et respectons votre décision de tenir cet événement aujourd’hui. »

Sentiment d’appartenance, à une collectivité et à une région

Hishuk ish ts’awalk : tout est lié 

Tous les partenaires, les Yuutuʔiłʔatḥ, le CBT et Parcs Canada, ainsi que le processus de planification communautaire, ont aidé à créer un environnement sécuritaire dans lequel les participants pouvaient parler ouvertement. Les chefs des collectivités participants, ainsi que la Commission de vérité et réconciliation du Canada, ont reconnu que c’est un élément clé de la réconciliation et du processus de guérison. 

Un climat positif et accueillant a été instauré dès le début de l’événement. Tyson Touchie, représentant des Yuutuʔiłʔatḥ, a invité les participants à demeurer assis conformément à leur coutume, alors que Cathy Thicke, coprésidente du CBT et conseillère pour le district de Tofino, a encouragé les participants à se présenter entre voisins de table. Les collectivités ont remarqué qu’elles partageaient des points communs. D’une part, elles ont discuté des mariages mixtes entre les membres de la collectivité, des ressources et des enseignements traditionnels en groupe. D’autre part, elles ont célébré les victoires communes comme la cause Ahousaht et autres qui ont fait jurisprudence à la Cour suprême et qui reconnaît aux Autochtones le droit de pratiquer la pêche commerciale; le traité des Maa-nulth conférant l’autonomie gouvernementale (combinant des chefs élus et héréditaires) aux Premières Nations Yuutuʔiłʔatḥ et Toquaht tout en les dissociant de la Loi sur les Indiens. Elles ont aussi salué la tradition de célébrer en pagayant tous ensemble pendant les voyages de canot au cours desquels les frontières politiques s’effacent. Les chefs des collectivités ont aussi discuté de leurs difficultés : que ce soit le racisme, les tragédies des femmes autochtones disparues ou assassinées, ou les répercussions durables des pensionnats, les défis quotidiens posés par les coûts liés aux soins de santé qui excèdent les revenus et la position adoptée par les collectivités à l’égard des industries sur leurs territoires – pisciculture, et exploitation forestière et minière –, qui reflète un profond respect pour l’environnement et un désir de préserver le patrimoine et l’avenir pour les prochaines générations.

Réconciliation

« Se réconcilier veut dire qu’on répare un tort. »

Première Nation Hesquiaht

« Que signifie le fait de se réconcilier? », a demandé le chef Richard Lucas, Tyee Ha’wilth de la Première Nation Hesquiaht, qui a raconté avoir travaillé avec des survivants de pensionnats pendant sept ans et, au cours de ce processus, avec de nombreux avocats. « Nous leur avons demandé de chercher la signification du mot “se réconcilier”. J’ai été vraiment surpris par la définition de ce mot dans le dictionnaire juridique. Se réconcilier veut dire qu’on répare un tort. » 

M. Lucas, lui-même survivant de pensionnats, a questionné les participants non-Nuu-chah-nulth pour en comprendre les répercussions. « Nous en ressentons encore les effets. J’ai des enfants. Ils ne savent pas encore ce que j’ai vécu parce que je ne peux pas le leur raconter. En revanche, je peux raconter mon expérience à d’autres, leur dire ce que j’ai vécu. » 

M. Lucas a proposé de raconter quelques-unes des histoires sombres et des difficultés rencontrées, sans que ce soit d’une manière négative, mais de façon à favoriser la compréhension et à informer les gens. 

Les répercussions des pensionnats ont été un thème récurrent tout au long de l’événement. Pendant les 150 ans de la Confédération du Canada, les pensionnats indiens ont exercé leurs activités pendant 113 ans, de 1883 à 1996, et près de 50 % des enfants n’ont pas survécu. La Commission de vérité et réconciliation du Canada a déclaré que plus de 6 000 enfants autochtones sont décédés et a décrit cette situation comme un génocide culturel.

M. Lucas a fait référence à une fouille archéologique menée dans les années 60, d’après laquelle les Hesquiaht occupaient les lieux depuis au moins 6 500 ans, afin de rappeler aux participants l’histoire de la collectivité qui remonte loin dans le temps et l’importance du saumon, synonyme de leur peuple.

Établir des relations entre les collectivités 

En s’adressant au CBT, M. Lucas a ajouté : « J’espère qu’en nous appuyant sur la relation existant entre nos huit collectivités, grâce à vous, nous pourrons commencer à établir une relation nous permettant de collaborer et de connaître l’origine de notre peuple en tant que Nuu-chah-nulth. » 

M. Lucas était le seul participant Hesquiaht, en raison d’un décès dans la collectivité, mais il a fait acte de présence au hišinqʷiił par respect pour l’invitation personnelle reçue du CBT et des Yuutuʔiłʔatḥ.

Yuutuʔiłʔatḥ  

Réconcilier notre voix et notre langue 

« Notre histoire est empreinte de souffrances », a admis Bernice Touchie, félicitant son fils, Tyson, pour « sa force spirituelle lui permettant de continuer à parler au nom de notre peuple. Le traumatisme est si sévère que nous sommes parfois réduits au silence. » Se tenant devant le rideau cérémonial des Yuutuʔiłʔatḥ orné de leur emblème et reconnaissant le territoire des Yuutuʔiłʔatḥ, Mme Touchie a remercié le CBT « d’avoir mis notre culture sur un piédestal, d’avoir reconnu nos chefs, de nous avoir invités et d’avoir organisé les transports pour nous permettre de nous rendre ici. Pour la première fois, grâce au CBT, nous allons instaurer notre système d’écriture dans notre collectivité. » La signalisation en nuu-chah-nulth – une initiative de la collectivité, soutenue par le CBT – sera bientôt visible. « Je voulais remplacer ce que nous voyions en matière de symboles depuis les 150 dernières années, afin que notre peuple perçoive ce lieu comme appartenant aux Yuutuʔiłʔatḥ. »

Première Nation Ahousaht

« La réconciliation commence par soi. »  

« Nous avons tous une définition ou une compréhension différente de la réconciliation », a noté Greg Louie, conseiller en chef (chef élu), Première Nation Ahousaht, accompagné du Tyee Ha’wilth, le chef Maquinna, et des membres de la collectivité qui venaient tout juste d’interpréter la chanson du souper des Ahousaht. Selon M. Louie, la réconciliation « commence par soi, commence par une personne : qui je suis », ainsi que par « la reconnaissance des personnes que l’on côtoie, et la reconnaissance de la société et du territoire dans lesquels on vit ».

Il a informé les participants que le conseil des Ahousaht est en train de conclure une entente de protocole avec le conseil de Tofino. « Dans ce document, je demande au maire (Josie Osborne) ” de quelle façon nous pouvons nous réconcilier les uns avec les autres.” Le protocole est un document. Il peut servir de ligne directrice. Le facteur déterminant est cependant la façon dont nous vivons et traitons les autres. »

Crédit : Melody Charlie
Crédit : Melody Charlie

« Cet événement, nous tous assis ensemble, est une forme de réconciliation. »

« Cet événement, nous tous assis ensemble, est une forme de réconciliation, a souligné M. Louie. Nous pouvons nous asseoir en face les uns des autres, nous respecter, savoir que oui, nous avons nos différences, mais nous les respectons. »

« En outre, la réconciliation n’a pas à avoir lieu uniquement entre les Quuʔas et les mumuthne, ajoute-t-il.

Elle doit avoir lieu sur le plan individuel. Elle doit avoir lieu dans nos familles. Elle doit avoir lieu chez les Ahousaht. Elle doit avoir lieu dans nos foyers. Dans notre nation, et entre nos nations. Nous devons nous réconcilier. »

« L’un des moments de rassemblement et de collaboration dont j’ai été témoin a eu lieu cet été lorsque, pour la première fois, j’ai eu la chance de voir les voyages en canot », a raconté M. Louie. 

« Dans le cadre de ces voyages en canot, j’ai vu les Ahousaht, les Tla-o-qui-at, les Hesquiaht, les Ucluelet, les Tseshaht se rassembler et collaborer, tous des Quuʔ pagayant ensemble littéralement et physiquement. Les

Tyee, entre eux, discutaient et s’appuyaient. Il n’y avait aucune frontière. »

« Ils ont pagayé dans le territoire de l’un et de l’autre comme un seul peuple. » 

Nous sommes toujours là

« Certaines personnes, peut-être parmi nous, à Tofino ou sur cette terre, croient toujours que nous ne sommes pas la souche, les premiers peuples sur cette terre, a confié M. Louie. Nous sommes enracinés. Nous sommes présents depuis des milliers d’années. Nous ne partirons pas. Voilà ce que nous sommes. C’est notre terre, notre territoire. Vous êtes les bienvenus. » 

Défis actuels à surmonter

Le chef Maquinna s’est adressé aux participants : « Puisque notre conseiller en chef Greg (Louie) n’était pas en mesure de rencontrer le premier ministre du Canada, il m’a demandé si je pouvais assister à la réunion. Ils nous ont accordé trois minutes pour parler au premier ministre. Qu’est-ce que je suis censé pouvoir lui dire en trois minutes? J’ai dû être concis et je lui ai dit : “Monsieur le Premier Ministre, vous devez venir à Ahousaht, vous devez le voir de vos propres yeux et pas seulement vous entretenir avec nous pendant trois minutes. Vous devez écouter notre peuple. Nous avons amené le gouvernement précédent devant les tribunaux et depuis des années, nous n’avons rien réglé avec notre pêche.” »

« Nous avons gagné », dit-il en faisant référence à la cause qui a fait jurisprudence à la Cour suprême contre le Canada et qui reconnaît aux Autochtones le droit de pratiquer la pêche commerciale, ce qui comprend les bandes indiennes et les Premières Nations Ahousaht, Ehattesaht, Hesquiaht, Hupacasath, Huu-ay-aht, Mowachaht/Muchalaht, Nuchatlaht, Tla-o-qui-aht et Tseshaht.1

« Les nations Nuu-chah-nulth célèbrent une importante victoire juridique aujourd’hui alors que la Cour suprême du Canada refuse d’entendre l’appel du Canada dans la cause Ahousaht et autres contre le Canada. Le plus haut tribunal du pays a rendu sa décision tôt ce matin, mettant ainsi fin à plus de dix ans de procédures judiciaires entre le Canada et les cinq nations (Ahousaht, Ehattesaht/Chinekint, Hesquiaht, Mowachaht/Muchalaht et

Tla-o-qui-aht), et entérinant définitivement les droits de pêche commerciale des nations autochtones. »

« La décision rendue (30 janvier 2014) par la Cour suprême du Canada représente la seconde fois que le plus haut tribunal du Canada refuse d’entendre l’appel du Canada dans une cause. Cela veut dire que la déclaration du droit des nations autochtones, d’abord formulée par la Cour suprême de la Colombie-Britannique en 2009, puis approuvée à deux reprises par la Cour d’appel de la Colombie-Britannique, est finale et protégée par la Constitution. 

« Nous sommes capables de pêcher le poisson et nous faisons toujours face à cette difficulté. Les fonctionnaires nous empêchent toujours de pratiquer la pêche. » 

Il a fait remarquer au premier ministre que deux pêcheurs Ahousaht ont permis d’éviter une plus grande tragédie pendant le naufrage du Leviathan II et que les Ahousaht et les Tla-o-qui-aht ont travaillé de concert aux opérations de secours. 

Première Nation Tla-o-qui-aht 

Mâts totémiques en tant que constitution 

« Nous parlons de ce genre de choses aujourd’hui, la réconciliation et le 150e anniversaire du Canada, mais notre peuple occupe cette terre depuis de nombreuses générations », a précisé Joe Martin, sculpteur de canot traditionnel, après l’interprétation par les Tla-o-qui-aht d’une chanson conçue pour pagayer. « Le village Opisaht est l’un des plus vieux de l’île. Les gens exploitent les terres de ce village depuis environ 10 000 ans. »

« Lorsque les premiers Européens sont arrivés dans notre région, de 7 000 à 10 000 Tla-o-qui-aht s’y trouvaient, et la plupart sont morts de la tuberculose ou de la variole contractée par l’arrivée des marins, a expliqué M. Martin. Lorsqu’ils sont arrivés à Opisaht, des mâts totémiques se dressaient à l’entrée du village, et trois ou quatre mâts totémiques s’élevaient devant chaque maison. Pour nous, ils représentent notre constitution. Bien évidemment, lorsque nous avons rencontré les Européens pour la première fois, nous étions analphabètes et ne pouvions pas lire ce qu’ils nous montraient. Lorsqu’ils ont aperçu nos mâts totémiques, ils se sont trouvés dans la même situation que nous. Ils n’avaient pas la moindre idée de ce qu’ils représentaient. » 

« Je regarde ce muu ya pitum, cet emblème », a-t-il dit en pointant le rideau cérémonial et l’emblème des Yuutuʔiłʔatḥ derrière l’estrade. « En venant au haahuuli des Yuutuʔiłʔatḥ, je sais immédiatement qu’ils ont des lois et que, selon leurs préceptes, ce sont des lois de la terre, que tout est lié : le cercle. Hishuk ish ts’awalk et ceci concerne tous les Yuutuʔiłʔatḥ. » 

« Nous sommes des Tla-oh-qui-aht, et chacune de nos familles a son propre rideau sur lesquels sont représentés nos préceptes. Ces leçons sont ancrées en nous depuis que nos mères nous ont donné la vie. »

« La première loi, ou la première leçon, est représentée par le soleil ou la lune. »

« Le deuxième élément en importance sur ces mâts totémiques se trouve au bas : habituellement le loup, l’ours ou l’épaulard. Ils ne sont pas au bas du mât parce qu’ils sont de moindre importance, mais parce que les personnes de ces clans sont celles qui défendent les lois de la nature. » 

La Cour suprême du Canada protège les droits de pêche des Nuu-chah-nulth (Nuu-chah-nulth fishing rights upheld by Supreme Court of Canada), HaShilth-Sa, 30 janvier 2014.

« Donc, une fois que vous êtes né, les aînés passent vous voir à chaque tétée et font ce que nous appelons ha-huu-pa (moment avec les aînés); ce sont les enseignements de la première loi qui consiste à être respectueux. » 

« Tout au long de notre vie, on nous a appris la signification de ces emblèmes. »

« Lorsque ces emblèmes étaient peints dans la maison, on dressait des mâts totémiques devant celle-ci. »

« Plusieurs des mâts totémiques qui se trouvaient à Opitsaht vers 1900 sont maintenant au Field Museum à

Chicago. Notre langue a aussi été interdite, donc notre histoire ici remonte loin dans le temps. » 

« Ces villages ont existé bien avant la Loi sur les Indiens, et nous occupons les lieux depuis très, très longtemps. »

« Nos lois sont ici : dans notre art, nos chansons et nos danses. » 

« Pendant la négociation des traités, nous ne cessions de nous faire répéter que nous devions rédiger nos lois, a-t-il affirmé en pointant à nouveau le rideau cérémonial des Yuutuʔiłʔatḥ mais elles sont ici : dans notre art, nos chansons et nos danses. »   

Préoccupations à prendre en compte 

M. Martin a aussi ajouté qu’il fallait prendre en compte de nombreuses préoccupations concernant le déversement des eaux d’égout brutes touchant l’eau, la pisciculture et l’exploitation forestière qui se poursuit en dépit des sondages menés auprès de son peuple, indiquant que plus de 90 % des personnes s’opposent aux coupes à blanc.

« Il faut que le déversement cesse parce qu’il prive nos jeunes générations de nos forêts et de notre culture.

Il les prive des canots que nous fabriquons; ceux que je fabrique. » 

« Mon défunt père m’a appris à fabriquer des pirogues. » 

« Sois prêt, me disait-il, nous partons à la chasse, à la pêche, poser des pièges ou fabriquer un canot. J’ai appris les lois de la terre de mon père et de mon grand-père. »

« Nous devons suivre un protocole strict. »

« Quand j’ai été en mesure de fabriquer mon premier canot, mon père était très fier de moi. Il a déposé sa main sur mon épaule et m’a dit : “Mon fils, à partir de maintenant tu n’as plus à dépendre de quiconque pour quoi que ce soit. Toutes les ressources sont ici à ta disposition.” » 

Première Nation Toquaht

« La nation Toquaht vit dans la baie Barkley; nous l’appelons hiłsuuʔis. Cela veut dire “regarder vers l’océan”, a précisé la chef Anne Mack, Tyee Ha’wilth de la nation Toquaht. Nous possédons un territoire traditionnel d’une superficie de 33 000 hectares qui prend naissance à l’embouchure de l’inlet Ucluelet, s’étend sur les rives de Toquart Bay et le long du littoral de Lyall Point, remonte vers les montagnes Broughton, que nous appelons les dix sœurs, puis revient vers la région Cataract que nous appelons Macoah, les quatre montagnes. Nous sommes l’une des 15 nations du conseil tribal des Nuu-chah-nulth, que l’on appelait auparavant le conseil du district de la côte ouest. Le territoire de ces nations s’étend sur la côte ouest de l’île de Vancouver, d’une extrémité à l’autre. Il comprend trois baies – Clayoquot, Barkley et Nootka – et l’inlet d’Alberni. » 

Maa-nulth Treaty Society et autonomie gouvernementale 

« Vers 1996, les Nuu-chah-nulth se sont assis avec le gouvernement en vue de négocier un traité, mais après quatre années de stagnation, nous avons tenu un référendum auprès des membres Nuu-chah-nulth afin de voter pour ou contre le maintien du traité. Cinq nations, Yuutuʔiłʔatḥ, Premières Nations Huu-ay-aht, Ucchucklesaht, Ka:’yu:’k’t’h’/Chek’tles7et’h’, y compris Toquaht, ont voté en faveur du maintien. Nous sommes devenus la Maa-nulth Treaty Society et nous avons poursuivi cette aventure. Le 1er avril 2011, les cinq nations Maa-nulth ont mis en œuvre leur droit à l’autonomie gouvernementale et sont devenues des nations autonomes. Chacune des cinq nations a ratifié sa constitution, laquelle est protégée par l’article 35 de la Constitution canadienne comme le droit à l’autonomie gouvernementale. Pour nous, Toquaht, cela impliquait de nous faire remettre 1 500 hectares de nos terres en fief simple (propriété) et d’obtenir le droit d’être consulté au sujet de toute initiative prise dans notre territoire traditionnel. Nous ne sommes plus liés à la Loi sur les Indiens, nous ne possédons pas de terres de réserve et nous ne sommes pas considérés comme membres d’une bande – nous sommes des citoyens Toquaht. »

« Toquaht était une nation gouvernée par un système de gouvernance héréditaire. Nuchatlaht est une autre petite nation du nord de l’île. Ils y ont toujours conservé leur système de gouvernance héréditaire. Nous, Toquaht, avons négocié avec le Canada et la Colombie-Britannique pour élire trois conseillers, travaillant avec deux chefs héréditaires, afin de conserver notre système de gouvernance héréditaire. Cela nous a apporté une gouvernance démocratique. Et tout fonctionne très bien, même si ce nouveau mandat s’avère une tâche colossale. »

« C’est un honneur pour moi de continuer à travailler en adoptant la vision de mes ancêtres », a indiqué Mme Mack en faisant référence à son grand-père qui lui donnait pour consigne de « continuer à ramener notre peuple chez nous, dans une collectivité saine et durable. » 

« Ce ne sont pas toutes les Premières Nations du Canada qui ont accès à un logement, à un emploi ou à des services sociaux pour appuyer leurs citoyens, a-t-elle expliqué. Plus de la moitié des citoyens de l’ensemble des collectivités au Canada vivent loin de chez eux. »

« La collaboration joue un rôle important dans notre existence, a-t-elle rappelé aux participants. Il nous est possible d’accorder beaucoup plus d’importance aux problèmes qui nous concernent en vue d’atteindre nos objectifs. J’admire la force de toutes les collectivités qui ont eu à vivre des changements en raison de l’économie ou des tendances liées à des événements mondiaux. » 

Créer un symbole de réconciliation avec le logo de l’événement

« Ici, sur la côte ouest, notre identité est mieux représentée par l’océan. »   

« J’ai l’impression qu’ici, sur la côte ouest, notre identité est mieux représentée par l’océan. Ce dernier symbolise notre entente et notre obligation de protéger la terre », a affirmé Jaiden George, petit-fils du chef Maquinna, Première Nation Ahousaht, qui a été invité par le CBT à concevoir le logo. Il s’agissait de la première commande pour l’artiste multimédia qui est un élève du secondaire. « Dans le logo, la personne tend la main (symbole de la relation entre les peuples de la côte ouest) vers l’océan pour lui serrer la main. La poignée de main montre de façon visuelle l’entente que nous avons conclue pour protéger la terre. Après la poignée de main, nous pouvons entamer le processus de réconciliation. » 

Image 2 : Logo créé à l’occasion de la rencontre régionale hisinqwiit
Image 2 : Logo créé à l’occasion de la rencontre régionale hisinqwiit

Dans la partie principale de l’affiche, il a inséré un saumon pour insister sur le lien entre ce dernier et l’océan, et sur l’importance de ce symbole pour son peuple, la nation Ahousaht – et toutes les nations –, en tant qu’élément important de son histoire. 

M. George a créé le logo en près de deux mois et demi : il a utilisé les thèmes fournis de la réconciliation et de la guérison pour réaliser son ébauche, a pris quelques semaines pour disposer en couches des photos et des illustrations, puis a soumis une version en couleurs à la réunion du CBT le 14 juin 2017 afin de recevoir des critiques constructives avant de concevoir la dernière version. « Après cette étape, il ne restait que des modifications mineures à apporter au texte et à la coloration », conclut-il. 

Se réconcilier au moyen de la collaboration

« Le processus de planification nous a beaucoup appris sur la réconciliation. »

« Le processus de planification nous a beaucoup appris sur la réconciliation », observe Mme Hurwitz qui, ayant été bénévole, évoque ces moments difficiles, mais riches en enseignement, comme étant des expériences d’apprentissage extraordinaires. « Le fait que nous étions tous là en tant que bénévoles a vraiment aidé à nous assurer que nous avions un événement populaire et significatif pour les membres de la collectivité, qui reflétait réellement toutes les cultures de la région. »  

Faire connaître les protocoles culturels

« Je crois que cela a permis de mieux faire connaître ce que signifie le fait d’être une personne des Premières Nations », affirme Celena Cook, qui a fait partie de l’équipe de base chargée de la planification et qui travaille en administration pour le gouvernement Yuułuʔiłʔatḥ. « Il y a beaucoup de tradition et de culture dans chaque aspect, cela a donc été une expérience d’apprentissage pour eux, et il fallait également leur enseigner ces éléments. » Mme Cook veillait à ce que le CBT respecte les bons protocoles, par exemple, elle accompagnait Mme Hurwitz à inviter personnellement chacune des collectivités à participer et elle suivait l’ordre des orateurs tout en partageant les responsabilités d’animatrice avec Mme Hurwitz. « J’estime que nous avons bâti une équipe renforcée avec le CBT et les districts d’Ucluelet et de Tofino », conclut Mme Cook.

« Trouver comment faire les invitations correctement et apprendre les bons protocoles culturels qui y sont associés a pris du temps, et cela a été un défi, mais nous l’avons surmonté », affirme Brooke Wood. « Je me suis occupée des Hesquiaht avec Celena, et nous leur avons lancé l’invitation. Rebecca et Celena se sont occupées des Ahousaht et des Tla-o-qui-aht, à qui elles ont lancé l’invitation. »

« Selon moi, chaque défi était une expérience enrichissante, affirme Mme Wood, et nous avons appris beaucoup de ces expériences. J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec les Yuutuʔiłʔatḥ, en particulier avec

Deb et Celena, parce qu’elles sont très qualifiées et que nous avons une relation de confiance. »   

Processus de planification : représentation des partenaires et de la communauté 

Le processus de planification comprenait des réunions avec deux équipes : l’équipe des partenaires, composée des Yuutuʔiłʔatḥ, du CBT et de Parcs Canada et l’équipe de base chargée de la planification, composée d’anciens étudiants de Leadership Vancouver Island (LVI) invités par le CBT afin d’aider à concevoir et à façonner l’événement. Les deux équipes étaient constituées de participants Nuu-chah-nulthet et mumuthne travaillant ensemble. 

Le LVI est un programme dont les membres proviennent de toutes les collectivités et qui est également coordonné par le CBT. Selon Mme Wood, il « aide à développer la capacité à l’échelle locale et fait tomber beaucoup de barrières entre les collectivités. Je trouvais donc que c’était une excellente idée que ces personnes continuent de travailler ensemble. » 

« Cet événement a confirmé que nous devons faire confiance aux bénévoles pour répondre aux besoins de la collectivité », affirme Mme Hurwitz. L’équipe de base chargée de la planification est composée de Celena Cook, de Debbie Mundy, de Leah Morgan, d’Abby Fortune, de Katie Garner, de Marilyn Touchie et de Barb Gudbranson.

« Nous sommes très chanceux de pouvoir réaliser de telles choses, ensemble, en tant que région », souligne Abby Fortune, directrice des parcs et loisirs pour le district d’Ucluelet ainsi que présidente et ancienne étudiante du LVI. Mme Fortune mentionne qu’elle a appris à mieux s’adapter et à travailler en tant que membre de l’équipe. « Je crois que d’être tous ensemble, avec nos personnalités distinctes, et provenant de différents groupes, de nous réunir et de nous dire : “Que voulons-nous pour notre région?” est une approche qui a pris une importance cruciale pour le rassemblement et qui, je crois, est très efficace. »

Crédit : Melody Charlie
Crédit : Melody Charlie

Mme Fortune souligne qu’elle a réfléchi pendant le processus à ce que représentait la réconciliation pour elle. « Quels sont les effets de la réconciliation sur notre côte ouest? Sur le monde? Sur le Canada ou la Colombie-Britannique? Je crois qu’il s’agit d’un moment important dans l’Histoire, où nous regardons vers l’avant et voulons avancer. Et je crois qu’une des choses que j’ai apprises de la réconciliation est qu’il faut écouter ce que les gens ont à dire, les respecter, puis apprendre comment aller de l’avant avec la réconciliation. Il s’agit d’une courbe d’apprentissage pour tout le monde. Mais le simple fait de respecter le processus, c’est une partie importante de ce que j’apprends. » 

« Je crois que la réconciliation a vraiment fonctionné pour moi », affirme Leah Morgan, membre de l’équipe de base chargée de la planification. Elle « m’a réellement aidé à mettre en perspective toutes les personnes de la région, afin de savoir d’où elles viennent et de veiller à ce que celles qui se présentent comprennent ce que devrait être la réconciliation. » 

Au poste d’accueil, elle a trouvé facile d’accueillir les visiteurs. « Lorsqu’ils ont commencé à arriver d’Ahousaht, par exemple, je me sentais en terrain connu parce que je connais des personnes de cet endroit. C’était beaucoup plus facile d’être amicale et ouverte avec eux. »

Mme Morgan a trouvé que le CBT s’est bien occupé des protocoles. « Nous avons été chanceux que le CBT soit capable d’effectuer cela et d’offrir un événement formidable à la collectivité. »

« C’était bien de travailler avec le CBT et des personnes des districts d’Ucluelet et de Tofino », souligne Debbie Mundy, membre de l’équipe de base chargée de la planification. Elle considère qu’elle s’est sentie à l’aise de prendre place à la table avec les chefs d’autres collectivités. « C’était agréable de travailler avec d’autres personnes de la région. » Ce jour-là, Mme Mundy, qui cuisine régulièrement dans sa collectivité des Hitacu, a relevé le défi de cuisiner pour une foule de gens aux commandes d’une équipe de dix personnes. Ils ont également été appuyés par Ricardo Manmoh et les Warriors, de jeunes hommes dans la collectivité qui apprennent des compétences traditionnelles, « qui avaient allumé un gros feu sur la plage et disposé 30 poissons tout autour ». Une attention particulière a été portée à la cueillette traditionnelle du bois, et un feu de camp a été autorisé par Parcs Canada pour cette occasion.

Collaborer en tant que partenaires

L’équipe des partenaires comprenait des représentants du Clayoquot Biosphere Trust (CBT), des Yuułuʔiłʔatḥ et de Parcs Canada.

Parcs Canada : la réserve de parc national Pacific Rim 

Parcs Canada et la réserve de parc national Pacific Rim se sont investis dans le projet dès le début. Ils ont trouvé la solution à l’un des premiers défis les plus importants : avoir une salle ayant une signification et pouvant convenir à un rassemblement régional. Ils ont fourni le Centre d’accueil Kwisitis, situé sur la plage Wickanninish. 

Parcs Canada a également fourni du personnel, du soutien à la planification, de la traduction vers le français, de l’aide pour la logistique, un interprète, des outils organisationnels requis le jour même et de l’aide pour le stationnement.

« C’est un événement si important, et le thème de la réconciliation nous tient particulièrement à cœur. C’est un point central de notre gouvernement actuel », affirme Dave Tovell, gestionnaire de l’expérience du visiteur de la RPNPR et membre de l’équipe des partenaires. Selon son point de vue professionnel, « la réconciliation signifie de vouloir voir les Premières Nations utiliser le parc avec leur famille et leurs amis dans leur propre contexte, ce qui constitue l’essence même du rassemblement : bien manger, danser et narrer des histoires. »  

« Cela m’a totalement changé », mentionne M. Tovell, dont la famille a déménagé dans la région en mai dernier. Il souligne à quel point il était important d’inclure les Yuutuʔiłʔatḥ, le CBT, et toutes les collectivités. Puisque l’événement en soi a servi de plateforme ouverte sur laquelle du temps et de l’espace étaient accordés à chacun, il a pu mieux comprendre les relations au sein de la région, pas seulement dans son ensemble, mais à l’échelle individuelle. Son contact avec « l’incroyable équipe de la planification » l’a impressionné grâce au « processus de consensus qui permettait d’éviter toute dispute ».

D’un point de vue personnel, il affirme avoir été influencé dans la façon dont il éduquera ses filles âgées de deux et de trois ans au sujet de leurs relations avec les peuples autochtones dans leur collectivité. 

Récapitulation de l’événement

Une récapitulation de l’événement a été effectuée pendant la réunion des directeurs du CBT organisée par la chef Anne Mack au bureau de la nation Toquaht en date du 9 novembre 2017.

« Garder cet espace pour accueillir différents points de vue et concevoir comment se déroulerait cette journée étaient difficiles, mais quand elle est arrivée, c’était gratifiant », mentionne Faye Missar, coordonnatrice de programme au CBT. « Si vous vous dévouez corps et âme à un événement, les gens viendront. »

Les invitations ont été lancées aux politiciens fédéraux et provinciaux, mais ils n’ont pas pu assister à l’événement dans la collectivité éloignée. Cependant, en leur absence, les participants étaient plus ouverts à la conversation.

Prochaines étapes 

« Nos régions, je crois, travaillent très bien ensemble, et je n’avais jamais vu cela auparavant », affirme la mairesse d’Ucluelet, Dianne St. Jacques. « Nous avons un respect mutuel et nous comprenons les défis de chacun. »

« Nous avons encore beaucoup de travail à accomplir pour nous comprendre, ce que nous avons vécu et ce que nos collectivités des Premières Nations ont affronté », ajoute-t-elle. « Pour nous, il s’agit d’une expérience d’apprentissage d’écouter non seulement ce qui est arrivé dans le passé, mais aussi ce qui arrive présentement. »

« Il y a d’innombrables étapes à la réconciliation », a expliqué Greg Louie, conseiller en chef pour Ahousaht. « Mais réellement, lorsque nous partirons d’ici aujourd’hui, que nous monterons dans nos voitures ou que nous nous en irons à pied, qu’allons-nous faire concrètement pour la réconciliation : avec moi, Ahousaht, avec chaque nation, avec vous-même, avec votre voisin, la société, le monde? Cette tâche est énorme, mais elle peut être accomplie. »

« Je crois qu’il y a beaucoup d’événements dans notre région qui rassemblent les gens de différentes cultures. Je crois que si vous le souhaitez, vous pourriez trouver une façon d’avoir ce genre de discussions sur la guérison et la réconciliation, et ce, à différents endroits », affirme Rebecca Hurwitz, qui a laissé entendre que le CBT envisagerait d’organiser un autre événement en 2020 lors de l’examen périodique pour la désignation de réserve de la biosphère. 

Crédit : Melody Charlie
Crédit : Melody Charlie

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