La réconciliation à l’œuvre : En route vers la réconciliation dans la région de la biosphère du mont Arrowsmith

Snaw-naw-as First Nation Preschool children singing “This Land is Your Land”during tree planting at Top Bridge Community Park. Photo credit: Lauren Shaw
Enfants d’âge préscolaire de la Première Nation Snaw-naw-as qui chantent This Land is Your Land lors d’une plantation d’arbres au parc communautaire Top Bridge. Photo credit : Lauren Shaw

Document de réflexion préparé pour la Commission canadienne pour l’UNESCO

Par : Ćumqwa:tun (Lawrence) Mitchell, conseiller de la Première Nation Snaw-naw-as2,3, Graham Sakaki M.U., coordonnateur de la recherche et de l’engagement communautaire, MABRRI[1],2,4, Larissa Thelin, coordonnatrice adjointe de la recherche et de l’engagement communautaire, MABRRI1,4, Ashley Van Acken, coordonnatrice de la MABR2,4, Ottawa, Canada, janvier 2019

Les opinions exprimées dans le présent article sont celles des auteurs et ne coïncident pas nécessairement avec les vues ou les politiques de la Commission canadienne pour l’UNESCO. 

À propos des auteurs 

Graham Sakaki

Graham Sakaki est le coordonnateur de la recherche et de l’engagement communautaire au Mount Arrowsmith Biosphere Research Institute (MABRRI), et il enseigne temporairement au programme de maîtrise en planification communautaire de l’Université de l’Île de Vancouver. Il est aussi membre de la table ronde de Mount Arrowsmith Biosphere Region, de l’Institut forestier du Canada, de l’Institut canadien des urbanistes, du Planning Institute de la Colombie-Britannique, de la BC Truck Loggers Association et de la BC Lake Stewardship Society. Il a étudié en foresterie, possède un diplôme de premier cycle en géographie des ressources naturelles et une maîtrise en planification communautaire. Ses principaux domaines de recherche sont les enjeux de réconciliation avec les Premières Nations locales, et son grand projet, tout au long de sa carrière universitaire, a été d’aider la Première Nation Snaw-naw-as à concevoir, à financer et à construire un jardin de guérison spirituelle près du centre de santé de sa communauté. Il a établi des relations avec de nombreuses communautés des Premières Nations sur la côte est de l’Île de Vancouver grâce à son travail au MABRRI et à l’Université de l’Île de Vancouver. Il s’intéresse également à l’engagement public et au renforcement des capacités communautaires. Il travaille avec de nombreuses municipalités, des organismes non gouvernementaux et des groupes d’intendance environnementale de sa région sur des projets liés à la durabilité environnementale, sociale, culturelle et économique.

Ashley Van Acken

Ashley Van Acken est la coordonnatrice de Mount Arrowsmith Biosphere Region (MABR), désignée par l’UNESCO. Elle est titulaire d’un baccalauréat ès sciences en sciences de la Terre, avec spécialisation en gestion des eaux souterraines. Elle est la principale personne-ressource et porte-parole de la MABR à l’échelle locale, nationale et internationale. Ses responsabilités comprennent l’engagement de la communauté et des Autochtones, l’animation et les conférences publiques, l’établissement de partenariats, la gestion de projets, les relations médiatiques, le marketing et les communications. Elle a travaillé avec de nombreuses communautés des Premières Nations de la Colombie-Britannique, notamment les Nations Xa’xtsa, Snuneymuxw, Snaw-naw-as et Qualicum. Globalement, elle a été agente de liaison pour les relations autochtones avec la biosphère, et a facilité et établi des collaborations avec les communautés autochtones. En tant que coordonnatrice de la MABR, elle doit aussi élaborer et réviser tous les documents imprimés au sujet de la MABR, des rapports aux communiqués de presse, en passant par les affiches et les

communications générales avec les partenaires. Elle possède de solides compétences en animation et en art oratoire, et elle représente la MABR de façon ouverte, positive et confiante. De plus, son expérience contribue directement à la mise en place de projets collaboratifs avec les Premières Nations, qui font tous progresser le mandat d’engagement des Autochtones pour les réserves de la biosphère de l’UNESCO. 

Lawrence Mitchell : ‘Ćumqwa:tun’

‘Ćumqwa:tun’ a été conseiller pour le gouvernement des Snaw-naw-as pendant plus de dix ans et a aussi été le planificateur culturel de  Kw’umut Lelum, un organisme de services à l’enfance et aux familles pour les jeunes autochtones de 0 à 19 ans qui sont en familles d’accueil. Son travail à Kw’umut Lelum comprend la promotion de la culture, de l’histoire et des valeurs autochtones par l’entremise d’événements, de la littérature et de la narration d’histoires. Son dévouement à soutenir les jeunes et à créer des possibilités pour ceux-ci se reflète dans ce programme et sa communauté. En plus de son travail professionnel, ‘Ćumqwa:tun’ a favorisé la sensibilisation culturelle en créant un groupe de chant et de danse qui vise à honorer le patrimoine et le mode de vie de sa communauté. Grâce à ces initiatives, il a partagé sa passion au moyen d’histoires, de danses et de nouveaux partenariats, pour s’assurer que les savoirs traditionnels ne sont pas perdus pour les générations à venir.

Larissa Thelin

Larissa Thelin est la coordonnatrice adjointe de la recherche et de l’engagement communautaire au Mount Arrowsmith Biosphere Region Research Institute (MABRRI). Elle a obtenu son baccalauréat ès arts à l’Université de l’Île de Vancouver en juin 2017, avec une majeure en géographie spécialisée en gestion des ressources naturelles et une mineure en langues et culture. Ses principaux intérêts de recherche comprennent la préservation des espèces et des écosystèmes vulnérables, et elle a fait du bénévolat pendant des années dans des groupes environnementaux axés sur la durabilité, les changements climatiques et l’engagement communautaire. Au MABRRI, elle a le plaisir de diriger une variété de projets de recherches consacrés à l’environnement, dont plusieurs impliquent une collaboration avec des groupes locaux d’intendance environnementale et des communautés des Premières Nations. Elle a aussi eu le plaisir de participer à l’élaboration du jardin de guérison spirituelle des Snaw-naw-as et elle a hâte de continuer à développer ses relations avec les communautés des Premières Nations de la région.

Introduction

Les Autochtones habitent l’île de Vancouver depuis des temps immémoriaux. Gardiens de la terre et disciples de la Terre-mère, ils ont été les premiers intendants des terres sur lesquelles se trouve aujourd’hui notre réserve de la biosphère de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Les histoires des aînés confirment une abondance d’eau douce propre et un équilibre entre les éléments biotiques et abiotiques, terrestres comme maritimes, que notre génération ne verra probablement plus jamais. Pour les Autochtones, l’ère postcoloniale a changé les terres sur lesquelles nous vivons; elles sont de plus en plus synonymes de fragilité et de déconnexion. Tout au long du siècle dernier, les Salish de la côte, les Nuu-chah-nulth et les Kwakiutl, originaires des territoires qui forment aujourd’hui l’île de

Vancouver, ont souffert de mauvais traitements; on ne peut que souhaiter qu’aucun peuple n’ait plus jamais à vivre cela à l’avenir. La région de la biosphère du mont Arrowsmith (MABR) est consciente qu’il y a un besoin de réconciliation et nous nous efforçons de collaborer pour renouer les liens en nous appuyant sur la reconnaissance, la compréhension, la confiance, le respect et la transparence.

La région de la biosphère du mont Arrowsmith

La MABR a été désignée réserve de la biosphère de l’UNESCO en 2000. Cette désignation correspond aux inquiétudes croissantes à propos de la croissance et l’étalement urbains, l’extraction et l’utilisation des ressources naturelles, la qualité et la quantité d’eau douce, les changements dans la diversité biologique ainsi que la perte des connaissances, des langues et des cultures traditionnelles. Dire que cette désignation avait comme but premier de calmer ces inquiétudes n’est pas tout à fait exact; néanmoins, ce sont précisément sur ces dernières que se concentre notre organe de gouvernance actuel. Aujourd’hui, la MABR est régie par les membres d’une table ronde qui regroupe des représentants des Premières Nations Snawnaw-as et Qualicum, de l’Université de l’île de Vancouver (VIU), de l’institut de recherche de la région de la biosphère du mont Arrowsmith (MABRRI), de la Ville de Parksville, de la Ville de Qualicum Beach, de la chambre de commerce Parksville-Qualicum Beach, de la fédération Islands Trust, du ministère de l’Environnement, de la TimberWest Forest Corporation et de l’entreprise Island Timberlands. Comme toutes les autres réserves de la biosphère au monde, la MABR doit remplir un mandat prévu par le Programme sur l’Homme et la biosphère (PHB) de l’UNESCO. Cela dit, dernièrement, elle concentre ses efforts sur la réconciliation régionale, essentielle pour mener à bien le mandat plus vaste de l’UNESCO.

Bâtir la confiance et le respect mutuel

En 2014, la VIU a embauché une coordonnatrice de la MABR pour mobiliser les Autochtones, les propriétaires de très grands terrains dans la région, les parties prenantes et les différents paliers de gouvernement dans le but de les réunir pour former une table ronde qui orienterait les efforts de la MABR. Au départ, deux Nations des Salish de la côte, les Snaw-naw-as et les Qualicum, ont été invitées à intégrer le conseil de gouvernance en raison de l’emplacement de leurs terres de réserve actuelles, adjacentes à la MABR, et de l’emplacement de leur territoire traditionnel, à même la région. Les chefs Michael Recalma (Qualicum) et David Bob (Snaw-naw-as) ont tous deux été approchés pour représenter leur Première Nation à la table ronde.

À cause d’un manque de transparence et de relations peu développées avec les paliers de gouvernement locaux et les autres parties prenantes, les chefs ont d’abord hésité. Pendant presque une année entière, ils ont cherché à déterminer ensemble s’ils voulaient participer[2]. Durant cette période, la coordonnatrice de la MABR les a rencontrés à plusieurs reprises pour discuter des autres personnes invitées à la table ronde et des raisons pour lesquelles elles seraient présentes.

Emplacement de la région de la biosphère du mont Arrowsmith. Source : MABR

En février 2015, la première table ronde a eu lieu en présence des deux chefs qui ont pris l’initiative d’établir un protocole. Le chef Bob y a pris la peine de préciser : « Pour échanger dans le respect, nous allons devoir laisser nos émotions à l’extérieur de la salle.[3] » C’était le début d’un nouvel effort de réconciliation au sein de notre région de la biosphère. Pour assurer transparence, confiance et pour que tous soient à l’aise, nous avons créé deux documents : Les principes directeurs pour une meilleure collaboration avec les Premières Nations (Annexe A) et La culture d’engagement de la table ronde (Annexe B). Chaque réunion est orientée par ces documents, qui énoncent les protocoles de collaboration à suivre pour assurer un dialogue respectueux.

En route vers la réconciliation

La confiance et le respect ne viennent pas gratuitement : ils doivent être mérités. Les membres de la table ronde travaillent dans le respect depuis maintenant un peu plus de trois ans. Ensemble, nous cherchons tous continuellement à mériter la confiance et le respect de l’autre. Il arrive que la fragilité des relations se fasse ressentir, mais nous travaillons à leur renforcement ainsi qu’à la création d’un avenir unifié pour tous les habitants de la région de la biosphère. Chaque réunion, chaque projet et chaque visite nous rapprochent de la réconciliation. Dans notre région, la Réconciliation ne se résume pas qu’aux 94 appels à l’action prévus par la Commission de vérité et réconciliation du Canada en 2015. Il s’agit aussi de créer un sentiment d’appartenance pour tous, en favorisant l’inclusion des gens, des plantes, des animaux, des eaux et des terres. Et ce sentiment se fonde sur le respect de nos terres et de nos eaux et, par extension, de tous ceux avec qui nous les partageons.

Des montagnes aux rivières, en passant par les océans et les terres qui renferment toutes vos ressources, c’est à vous d’assurer la préservation de l’environnement.

Propos d’aînés des Snuneymuxw relatés à l’aînée Geraldine Manson[4]

La signification du mot « réconciliation » dépend de qui vous êtes, d’où vous venez et des valeurs qui vous sont importantes. Pour la MABR, la réconciliation est essentielle à la formation de communautés unifiées et résilientes; c’est une façon de rétablir le lien entre les gens et la nature et de préserver les cultures et les écosystèmes. Plus précisément, c’est une façon d’être qui permet le rapprochement avec les Autochtones et le rétablissement pour aller de l’avant, en tant que peuple unifié. La table ronde, organe de gouvernance de la MABR, fait partie intégrante de ce processus de réconciliation. Avant 2015, elle n’existait pas[5], et la MABR est d’avis que ce serait encore le cas si aucun Autochtone ne s’y était joint. En ce qui concerne la région de la biosphère, ce n’est qu’une fois tous les membres réunis et la culture d’engagement établie (Annexe B) qu’il a pu être possible de bâtir confiance et partenariats et de laisser place à la guérison. Et ce point de départ est perçu différemment d’une personne à l’autre. Pour Ćumqwa:tun, membre du gouvernement de la Première Nation Snaw-naw-as, la route vers la réconciliation a commencé lorsque son oncle David Bob s’est joint à la table ronde.

Grâce à sa sagesse, il a su poser les assises du respect, de l’intégrité et d’un processus décisionnel axé sur la coopération. En incorporant des philosophies, des valeurs et des principes d’une autre époque dans la culture d’engagement, il a donné le ton à toutes les réunions à venir. Et ce n’était pas que des mots couchés sur papier ou du franc-parler le temps d’un rassemblement, mais un aperçu de la façon de penser, de vivre et d’être qui alimente notre peuple depuis des lustres.

Ćumqwa:tun[6]

L’approche de cogouvernance[7] a permis d’établir les bons protocoles et de gérer la MABR en réunissant diverses entités pour travailler sur la réconciliation entre les peuples autochtones et non autochtones qui partagent un lourd passé colonial. Dans le documentaire Reconciliation in Action in the Mount Arrowsmith Biosphere Region réalisé au profit de la MABR, le chef Recalma avançait que « la table ronde pourrait et devrait être un modèle pour d’autres groupes, partout dans le monde ». (River Voices Productions, 2017).

Initiatives conjointes de la table ronde

La table ronde a toujours permis aux partenaires de se réunir pour travailler sur des initiatives locales. Au printemps 2018, la MABR a collaboré avec l’association canadienne des réserves de la biosphère, la Première Nation Snaw-naw-as, la Ville de Parksville, les entreprises forestières locales Island Timberlands et

TimberWest, l’école Rivers, Oceans and Mountains du district scolaire no 69 et la VIU en vue de participer à l’initiative nationale de plantation d’arbres du G7. Par le truchement de cette initiative, tous les partenaires ont pu s’entraider et trouver des terres de la MABR prêtes à accueillir 1 040 sapins de Douglas. Une fois les terres trouvées, le Conseil municipal de Parksville a adopté une résolution en faveur de la plantation des 1 040 arbres au parc régional Top Bridge et de leur protection pendant une période de 50 ans. Plus de 45 jeunes autochtones et non autochtones ont eu la chance de participer à la plantation, dont les arbres permettront de capter environ 143 tonnes de dioxyde de carbone. L’incidence de ce projet sur les jeunes est incommensurable, car il renforce leur lien avec la nature.

Enfants des Snaw-naw-as en train de planter des arbres dans la MABR, en 2018. Photo : Lauren Shaw

Ćumqwa:tun appuyait vigoureusement cette initiative du G7. Avec enthousiasme, il a su réunir jeunes, aînés et tout-petits des Snaw-naw-as pour qu’ils y participent. Il a même dit que ce type de projet reflète non seulement notre obligation sacrée envers ce coin du monde, mais aussi la nécessité de mener une vie équilibrée et d’améliorer la qualité de vie de toutes les générations.

La plantation d’un millier d’arbres joue un rôle important dans la survie de l’humain, et pas seulement des Premières Nations. En y faisant participer nos plus jeunes enfants, nous favorisons le renforcement des rapports qui les unissent aux autres, à l’univers et, le plus important, à eux-mêmes. De tous horizons, les gens sont venus dans l’optique de renforcer leur relation avec la nature pour qu’elle ait un effet plus positif sur le monde. La prière, la parole et les chants nous ont préparés au travail sacré de la plantation. En enfouissant nos mains dans la terre, nous transformons l’environnement littéralement et améliorons le lien sacré qui permet au monde de guérir. Tout-petits et aînés, étudiants et professionnels : à l’unisson, ils ont fait comprendre que ce qui importe le plus, c’est la Terre-mère.

Ćumqwa:tun[8]

L’appui et l’engagement de la table ronde pour ce genre d’initiatives ont eu des échos dans les plus grandes communautés de la MABR, comme Parksville, et ont donné lieu à la formation d’autres partenariats avec des Premières Nations dont le territoire traditionnel s’étend dans cette région. Après la plantation des arbres, l’aînée des Snuneymuxw Geraldine Manson, surnommée Auntie Geraldine, s’est adressée à la MABR pour pouvoir travailler avec TimberWest et Island Timberlands à la récolte du bois piquant, une plante traditionnelle des forêts de sa Première Nation. À la récolte, elle a appris aux membres de la Première Nation et aux étudiants de la VIU comment peler cette plante et quelles en étaient les propriétés médicinales. Après cette expérience, Auntie Geraldine a décidé qu’il était temps de rassembler la communauté de l’île de Vancouver au grand complet pour lui transmettre un savoir traditionnel des espèces végétales indigènes et de leurs vertus médicinales. En collaboration avec la MABR, la VIU a offert, plus tard, un atelier sur le sujet animé par divers détenteurs de connaissances autochtones. Plus de 60 membres de la communauté l’ont suivi. C’est ainsi que la table ronde se montre capable de faciliter la formation de partenariats collaboratifs qui visent à faire comprendre le mode de vie autochtone, et comment, ensemble, nous pouvons améliorer notre façon d’être.

Le temps de grandir : un jardin de guérison

Notre relation avec la Première Nation Snaw-naw-as est née de la formation de la table ronde; cela dit, notre parcours vers la compréhension des Salish de la côte, de leurs eaux et de leurs terres a germé grâce au jardin de la guérison spirituelle des Snaw-naw-as. En 2016, le chef Bob a lancé l’idée d’un jardin communautaire aux membres de la table ronde. Il leur a expliqué que, jadis, son peuple connaissait les noms traditionnels de bien des espèces végétales indigènes de la côte, mais que ce savoir était en train de se perdre[9]. Il avait espoir que le jardin aiderait à apprendre ou à se remémorer les noms traditionnels et à améliorer la sécurité alimentaire de sa communauté. À la fin 2016, le processus de conception du jardin avait commencé grâce à un travail de collaboration entre les employés dévoués du MABRRI et les membres de la communauté Snawnaw-as formant le comité de jardin.

Aujourd’hui, le jardin est doté d’une cabane à outils, d’une serre et de plus d’une dizaine de plates-bandes surélevées pleines d’espèces indigènes de la côte et de fruits et légumes qui nourrissent la Première Nation depuis maintenant deux ans. Le dernier ajout : un fumoir traditionnel qui permet aux Snaw-naw-as de mettre en pratique les méthodes de cuisson traditionnelles. Par ailleurs, on est en train de monter des ateliers sur les techniques de jardinage et le savoir traditionnel. Les membres de la table ronde ont fait des dons en fourniture et en argent, tandis que le personnel du MABRRI et les étudiants de la VIU ont passé d’innombrables heures à travailler avec la Première Nation pour faire de la vision du chef Bob, maintenant décédé, une réalité. Tout le monde qui s’est impliqué a reçu une grande leçon d’humilité en voyant ce qu’un endroit comme le jardin de la guérison spirituelle des Snaw-naw-as peut représenter pour la communauté.

Et que dire du jardin de la guérison spirituelle? Les efforts déployés grâce à notre relation avec la MABR et tout le monde qui s’est impliqué en disent très long sur le fonctionnement de notre table ronde. Nous pouvons maintenant faire renaître notre relation séculaire avec les nombreuses espèces végétales et découvrir comment nous guérir nous-mêmes, un savoir qui servira aux générations à venir et qui témoigne de notre descendance des Premiers Peuples. Ce n’est qu’une autre façon de renouer les liens sacrés qui nous unissent au monde qui nous entoure… Pour nous, il ne s’agit pas que d’un fruit, que d’un légume ou que d’une plante : il s’agit d’un être doué de sensation et doté d’une vie et d’un esprit. Il s’agit de nos ancêtres. Nous avons des obligations sacrées et devons adopter un certain mode de vie; ainsi, quand vient le temps de cueillir ces êtres, ils nous offriront le meilleur d’eux-mêmes pour que guérissent pleinement non seulement nos blessures physiques, mais aussi notre esprit. Et vous, les gens de la biosphère, vous avez contribué à tout ça. Je ne peux que m’imaginer tout ce qui en découlera.

Ćumqwa:tun9
Snaw-naw-as Elders Debbie Bob (left) and Bonnie Jones (right) harvesting vegetables from the garden. Photo credit: Alison Drennan
Les aînées Snaw-naw-as Debbie Bob (à gauche) et Bonnie Jones (à droite) récoltent des légumes du jardin. Photo : Alison Drennan

Par ailleurs, Ćumqwa:tun maintient qu’il s’agit de plus qu’un jardin, que le jardin s’inscrit, en fait, dans un récit beaucoup plus vaste, qui raconte la relation entre les gens, la terre, l’eau et l’univers. Le jardin est une façon de réconcilier les peuples autochtones et non autochtones qui partagent un passé colonial.

Depuis la nuit des temps, nous avons un lien sacré et intime avec la Terre-mère. Nous avons été capables d’assumer nos responsabilités et de faire notre vie en fonction de ce lien jusqu’à ce que les choses changent, que le déroulement de l’histoire nous arrache ce mode de vie.

Maintenant, en 2018, grâce à notre collaboration avec la biosphère, nous arrivons à nous réapproprier cette façon de vivre qui nous est propre en tant qu’Autochtones et allons de l’avant avec beaucoup d’optimisme. Et grâce aux philosophies, aux valeurs et aux croyances anciennes qui teintent notre démarche, je crois que nous parviendrons à marquer le monde de façon considérable. Les efforts, les gestes et le travail de la biosphère permettront aux Snaw-naw-as d’avoir une idée, à nouveau, de la vie avant que les choses ne changent.

Ćumqwa:tun10

Dans la MABR, le jardin est devenu un lieu pour visualiser la réconciliation, un reflet de tout ce qui peut être accompli lorsque les peuples autochtones et non autochtones collaborent : des projets concrets, mais aussi une ouverture et un respect mutuel entre gens de cultures différentes.

Regard vers l’avenir

La table ronde est certaine que la région de la biosphère saura poursuivre son chemin vers la réconciliation; avec davantage de projets planifiés et de possibilités de liens avec des initiatives nationales et internationales. Récemment, elle a obtenu du financement pour la mise sur pied d’un programme mobile qui vise à instruire les jeunes au sujet de la biosphère grâce à l’apprentissage sur le terrain. D’après les premières discussions, il serait possible de travailler avec les gardiens du savoir autochtones de la MABR pour monter des programmes jeunesse d’enseignement des espèces végétales indigènes et de leur utilisation traditionnelle. Avec ce genre d’initiative, la MABR poursuit la transmission du savoir autochtone, là où elle est nécessaire.

L’Année internationale des langues autochtones de 2019 a comme objectif de revitaliser la culture, l’histoire, le savoir traditionnel et les façons de penser et de s’exprimer en tant que société (UNESCO, 2018). Par l’intermédiaire de la table ronde, la MABR a rendu prioritaires de nouveaux programmes visant à retracer le nom traditionnel de différents lieux qu’elle renferme. En parlant avec Ćumqwa:tun, nous avons appris que le nom traditionnel que les peuples autochtones ont donné au mont Arrowsmith est Kulth-ka-choolth, ce qui signifie « visage irrégulier » et vient de la vue du mont depuis la côte ouest de l’île de Vancouver. Sur la côte est de l’île, les Salish de la côte l’appellent plutôt A’alh’hume’ ou Ts’xuliqw. L’accent a été mis sur le caractère sacré des langues traditionnelles de plusieurs de nos partenaires autochtones. En entrevue, Ćumqwa:tun a parlé de ce caractère sacré, de ce hul’qumi’num :

Nous vivons à une époque remarquable où maires, conseils, villes et municipalités reconnaissent le caractère sacré des langues de nos terres. Certains veulent même les apprendre. Voilà la vérité à l’œuvre. Au sein de la biosphère, nous apprenons à rétablir l’harmonie parmi les éléments et à restaurer les relations, ce qui fait place à la guérison, à l’équilibre et au bien-être. En plantant des arbres, en parlant notre langue, en comprenant le caractère sacré de l’eau, en aidant à construire une grande maison, en apprenant le savoir des plantes médicinales et des ressources sacrées et en cultivant des relations authentiques, nous nous rapprochons réellement d’un lieu de respect et d’égalité pour absolument tous les êtres, humains et non humains. Sans la biosphère, tout ce travail aurait pu nous prendre une autre centaine d’années à accomplir. Voilà pourquoi nous appuyons pleinement le programme de biosphère et la vision de l’UNESCO. Nous sommes reconnaissants envers chaque personne sur Terre qui a su écouter l’opinion des Snaw-naw-as et reconnaître que nous, les Salish de la côte, avions notre mot à dire.

Ćumqwa:tun11

La table ronde de la MABR poursuivra sa route vers la réconciliation en collaboration avec les Premières Nations Snuneymuxw, Snaw-naw-as et Qualicum. Au fil des ans, nous espérons tisser des liens avec d’autres Premières Nations à proximité de notre région de la biosphère, et nous sommes optimismes quant à la possibilité de collaborer avec elles. La table ronde demeure convaincue que d’autres réserves de la biosphère au pays gagneraient à adopter son approche novatrice de cogouvernance.

Premières Nations dont le territoire traditionnel se trouve à l’intérieur des frontières de la MABR. Source : MABRRI

Un avenir prometteur pour tous

Il ne fait aucun doute que, depuis la formation de la table ronde de la MABR, en 2015, la réconciliation est l’une des grandes priorités de la région et le restera pour les années à venir. Bien que nous constations le progrès énorme des dernières années, nous sommes conscients que le processus de réconciliation ne fait que commencer. Nous espérons que nos réussites modestes serviront à d’autres et avons hâte de tirer des leçons des histoires de réussite ailleurs dans le monde. Nous sommes reconnaissants des partenariats créés, des relations tissées et du soutien inconditionnel de l’ensemble des partenaires de la table ronde et des communautés. La réconciliation est à l’œuvre dans notre région de la biosphère, et nous entrevoyons l’avenir de tous ses habitants avec beaucoup d’optimisme.

Bibliographie

River Voices Productions (2017). Reconciliation in Action in the Mount Arrowsmith Biosphere Region.

Canada : Commission canadienne pour l’UNESCO. https://www.youtube.com/watch?v=uSlgXnyxb1A

Salish Sea Sentinel. (s.d.). Beloved former chief remembered through healing garden. Sur internet :

http://salishseasentinel.ca/2017/05/belovedformerchiefrememberedthroughhealinggarden/  

Commission de vérité et réconciliation du Canada. (2015). Honouring the Truth, Reconciling for the Future.

Sur internet :

http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/File/2015/Honouring_the_Truth_Reconciling_for_the_Futu re_July_23_2015.pdf. 

Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. (2018). Action plan for organizing the 2019 International Year of Indigenous Languages. New York. Sur internet :

http://www.un.org/en/ga/search/view_doc.asp?symbol=E/C.19/2018/8. 

Annexe A

Collaboration avec les Premières Nations

Les Premières Nations habitent les territoires qui forment la région de la biosphère du mont Arrowsmith (MABR) depuis des temps immémoriaux. Les Premières Nations de la mer des Salish ont une relation très spéciale à la terre et à l’eau; elle transcende le temps et prend source dans les forts liens culturels qu’elles ont tissés avec la nature. Ces liens et cette relation ont façonné leur mode de vie.

Par le truchement de son Programme sur l’Homme et la biosphère, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a reconnu la MABR pour les qualités remarquables des territoires traditionnels des Premières Nations qu’elle renferme.

Inspirés par la collaboration entre l’Université de l’île de Vancouver et la Ville de Parksville, les partenaires institutionnels de la MABR veulent travailler avec les Premières Nations dans le respect et cultiver une relation d’entraide où est reconnu le lien unissant chaque nation à son territoire traditionnel ainsi qu’à la MABR. En tant que réserve de la biosphère de l’UNESCO, la MABR doit tenir compte des intérêts des Premières Nations, et non aller à leur encontre. Dans cette optique, tout partenaire institutionnel devra suivre les principes directeurs ci-dessous dans tout ce qui touche à la MABR.

Principes directeurs

Le travail de la MABR repose sur des processus, des procédures et des protocoles qui reflètent une démarche exhaustive et axée sur la collaboration. Cette démarche a été établie de concert avec les Premières Nations et se fonde sur les principes directeurs suivants :

  1. Honorer notre lien culturel fort et profond à la terre et à la mer, un lien qui façonne le mode de vie des Premières  Nations.
  2. Respecter le fait que les membres des Premières Nations ont habité leur territoire traditionnel depuis la nuit des temps et que, à titre de gardiens de la terre, ils ont un lien unique avec la MABR.
  3. Explorer et promouvoir les différentes façons d’enrichir le rôle de la MABR sur le plan régional tout en respectant les intérêts des  Premières Nations.
  4. Continuer de bâtir une relation de confiance et de respect avec les Premières Nations et soutenir les projets pertinents auxquels ces dernières souhaitent contribuer, et ce, toujours en protégeant la confidentialité du savoir ou des renseignements culturellement sensibles des collectivités des Premières Nations.
  5. Établir un processus respectueux qui valorise les points de vue et les processus décisionnels des Premières Nations ainsi que leurs valeurs culturelles et leur lien de longue date avec la terre.
  6. Repérer les occasions de mobiliser les membres des Premières Nations et les recherches qui vont dans le même sens que le mandat de la MABR.
  7. Veiller à ce que les intérêts et les opinions des Premières Nations orientent les futures discussions sur la MABR.
  8. Travailler avec les Premières Nations afin de trouver de possibles sources de financement pour les initiatives qui concernent la MABR et revêtent un intérêt pour les Premières Nations.
  9. Promouvoir le mandat et les objectifs de la désignation de l’UNESCO, de façon générale, et de la MABR, plus précisément, sans perdre de vue que les Premières Nations ont une relation spéciale avec les terres de la MABR qui transcende le temps et crée un lien spécial avec elle.

Annexe B

La culture d’engagement

Table ronde de la MABR

Autour de la table ronde de la MABR, les membres respectent les points ci-dessous lorsqu’ils s’adressent la parole et lorsqu’il est question de la terre et de la culture qui les rassemblent :

  1. Nous reconnaissons les territoires traditionnels qui accueillent nos réunions.
  2. Nous nous montrons respectueux du protocole autochtone, sur le plan tant individuel que collectif, et       soutenons Les principes directeurs pour une meilleure collaboration avec les Premières Nations de la MABR.
  3. Nous communiquons de façon ouverte, honnête et transparente et tâchons de mettre nos émotions de côté. Nous abordons sciemment et sans réserve les sujets potentiellement délicats.
  4. Avant d’entrer dans le lieu de rassemblement, nous nous délestons de notre énergie négative.
  5. Nous travaillons ensemble à l’atteinte d’objectifs communs visant l’amélioration de la région.
  6. Nous faisons abstraction de nos désirs personnels.
  7. Nous sommes ouverts aux nouvelles opinions, cherchons à comprendre le point de vue de chacun et                    transmettons nos connaissances et croyances dans un environnement de confiance.
  8. Nous nous écoutons les uns les autres et faisons en sorte que chacun ait la chance de parler.
  9. Nous gardons entre nous les histoires personnelles racontées autour de la table.
  10. Nous arrivons et repartons dans un climat de bien-être et avons toujours hâte à la prochaine réunion.

[1] Institut de recherche de la région de la biosphère du mont Arrowsmith (MABRRI), 2 Région de la biosphère du mont Arrowsmith

(MABR), 3 Gouvernement de la Première Nation Snaw-naw-as (SFN), 4 Université de l’île de Vancouver (VIU)

[2] Source : Chef de la Première Nation Qualicum, Michael Recalma.

[3] Source : Souvenir de Graham Sakaki.

[4] Geraldine Manson est une aînée de la Première Nation Snuneymuxw en résidence à la VIU.

[5] La structure de gouvernance précédant la table ronde était un groupe de membres de la communauté     élus qui assurait le respect des règlements applicables aux organismes canadiens sans but lucratif.

[6] Citation tirée d’une entrevue accordée en juin 2018.

[7] Par cogouvernance, on entend l’égalité de l’opinion de tous les membres de la table ronde; personne n’a     le droit de veto.

[8] Citation tirée d’une entrevue accordée en juin 2018.

[9] Source : Souvenir de Graham Sakaki.

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A photo of boats at Alma Warm in New Brunswick.