La Réserve de biosphère du Lac Bras d’Or : une célébration de l’écologie naturelle et culturelle

Document de réflexion préparé pour la Commission canadienne pour l’UNESCO

Par Dr Annamarie Hatcher

Ottawa, Canada, juillet 2018

Les opinions exprimées dans le présent article sont celles de l’auteur et ne coïncident pas nécessairement avec les vues ou les politiques de la Commission canadienne pour l’UNESCO. 

À propos de l’auteure

Annamarie Hatcher

Je suis Annamarie Hatcher, Ph. D, mère de trois enfants et grand-mère de deux petits-enfants. Je suis aussi consultante en écologie et membre du conseil d’administration de l’Association de la Réserve de la biosphère du Lac Bras d’Or. Au fil de mes travaux dans le monde universitaire, j’ai obtenu une maîtrise en biologie et trois bourses postdoctorales en océanographie à l’Université Dalhousie, à Halifax (NouvelleÉcosse), ainsi qu’un doctorat en zoologie de la Western Australia University. Entre mes activités de recherche, j’ai aussi enseigné l’océanographie aux études supérieures, donné des cours de sciences de base à Saint-Vincent-et-les Grenadines, et donné des cours de pédagogie interculturelle en sciences à des enseignants. Un grand tournant de ma carrière a été de travailler avec des groupes communautaires durant l’un de mes emplois postdoctoraux. Cela m’a fait sortir de ma tour d’ivoire et m’a menée à concevoir et à donner des cours sur le terrain à l’Université Dalhousie, en collaboration avec des groupes communautaires d’intendance environnementale, afin de les aider à régler les problèmes auxquels ils étaient confrontés. Mon déménagement à Unama’ki (Cap-Breton) m’a aidée à concrétiser cette passion, en élaborant et en donnant des cours de sciences intégrées (lieu de rencontre des sciences occidentales et autochtones). Je suis ravie de gravir cette courbe d’apprentissage abrupte avec le soutien de nombreux amis, mentors et étudiants micmacs.

La terre

Le Lac Bras d’Or est situé en plein cœur de l’île du Cap-Breton, dans l’océan Atlantique, sur la côte est canadienne, au nord de la Nouvelle-Écosse. Le Cap-Breton est une île peu peuplée et ancrée dans les riches traditions culturelles des Autochtones et des colons. Unama’ki (Cap-Breton) est l’un des sept territoires traditionnels des Micmacs que les immigrants écossais ont investis à la fin du 18e et au début du 19e siècle. La culture celtique est bien vivante dans les collectivités situées entre les réserves micmaques et fleurit au fil des générations depuis les premières vagues d’immigration des Hébrides.

L’auteure avec l’aîné Albert Marshall, Ph. D., célébrant la désignation de notre biosphère. Crédit photo: Jim Foulds.
L’auteure avec l’aîné Albert Marshall, Ph. D., célébrant la désignation de notre biosphère. Crédit photo: Jim Foulds.

L’histoire

Comme je raconte cette histoire à partir de mon point de vue, il serait bon de me présenter. Il faut aussi savoir que dans les cultures autochtones, le savoir est un processus de sensibilisation actif. Je serai ici votre guide, avec mes connaissances et les convictions que j’ai acquises durant des années remplies d’expériences enrichissantes. J’ai étudié en océanographie. J’ai passé beaucoup de mes jeunes années en immersion complète dans le travail universitaire intense. J’ai réalisé un diplôme de premier cycle et obtenu ma maîtrise au Canada, puis mon doctorat en Australie, avant de revenir au Canada pour trois bourses postdoctorales consécutives. Plusieurs années d’enseignement de la science aux enfants (à mes trois garçons et à bien d’autres) et de travail avec des groupes communautaires d’intendance environnementale m’ont menée aux sciences intégrées, c’est-à-dire regroupant le savoir scientifique et le système de connaissance des Autochtones et occidental1. Depuis, les aînés micmacs, gardiens du savoir, et les étudiants m’ont généreusement guidée. J’ai retrouvé l’humilité que j’avais perdue en étant plongée dans la culture universitaire.

Devenir membre du conseil d’administration de l’Association de la Réserve de biosphère du Lac Bras d’Or m’a transformée. Je me suis permis d’explorer plus librement d’autres façons d’apprendre, ce qui m’a menée aux domaines des plantes médicinales et de la coloration naturelle avec les plantes et le lichen, qui sont assez loin de l’océanographie. Ces explorations ont comme base commune le mélange des sciences micmaques et occidentales. Mon expérience d’enseignement m’a bien préparée à la cocréation de ressources d’apprentissage fondées sur cette base commune, directement en phase avec les objectifs du programme sur l’Homme et la biosphère (MAB) de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) : le dialogue interculturel grâce à l’éducation, les activités scientifiques, la culture, la communication et l’information2.

Réconciliation avec la terre

Arrivent ensuite dans l’histoire Tom Johnson et Stan Johnson, de même que les aînés Ernest Johnson et

Albert Marshall de la Première Nation d’Eskasoni, située près du centre de la Réserve de la biosphère du Lac Bras d’Or (RBLB). De nombreux étudiants postsecondaires micmacs que j’ai rencontrés aux cours MSIT (mot micmac qui signifie « tout, ensemble ») et auxquels j’ai enseigné à l’Université du Cap-Breton se joignent également à l’histoire. Ils travaillent désormais dans leurs collectivités. Le Programme de science intégrée à l’Université du Cap-Breton a été un cadre général pour les cours MSIT et un catalyseur positif pour les aînés et les jeunes micmacs dans le laboratoire d’apprentissage qu’est le territoire traditionnel de la RBLB.

Tom et Stan Johnson avec l’aîné Ernest Johnson. Photo soumise par Tom Johnson.
Tom et Stan Johnson avec l’aîné Ernest Johnson. Photo soumise par Tom Johnson.

Tom Johnson, directeur général de la Commission de la faune aquatique et terrestre d’Eskasoni3, membre du conseil d’administration de la BLBRA et membre du Comité exécutif de la Commission canadienne pour l’UNESCO, considère la réconciliation avec la terre comme une priorité et un élément qui renforce les ponts culturels de notre réserve de la biosphère, puisque nous travaillons tous pour atteindre le même but. L’aîné micmac Albert Marshall, Ph. D., dit :

« Si nous unissons nos efforts, nous pouvons accomplir n’importe quoi ou presque. »

Unama’ki (Cap-Breton) est au centre de la culture micmaque et la RBLB est le cœur d’Unama’ki. Les Micmacs sont les gardiens de ce territoire depuis des milliers d’années et nous aident à explorer cet endroit dans le contexte de la désignation du programme MAB de l’UNESCO. Notre désignation UNESCO est en grande partie due aux efforts intarissables de l’aîné Albert Marshall, porte-parole environnementaliste des cinq chefs micmacs d’Unama’ki. Il a rencontré les chefs et les conseils de bande pour leur expliquer les bienfaits du programme MAB de l’UNESCO pour la région du Bras d’Or. Il dit :

« Personne n’est plus important que l’autre car nous faisons tous partie d’un tout, nous sommes égaux, et l’équilibre du système est la responsabilité de chacun. »

L’aîné Albert Marshall est le créateur du concept de la double vision (équilibre entre savoir autochtone traditionnel et science contemporaine). Il indique que le concept a vu le jour dans les Maritimes – le territoire traditionnel de la nation micmaque – parce que les Micmacs sont les Autochtones d’Amérique du Nord qui ont vécu le plus longtemps aux côtés des nouveaux arrivants européens. Survivant des pensionnats, Albert Marshall a pensé la double vision avec un œil représentant la culture dont il a été privé et un autre représentant celle qui lui a été imposée. Il valorise les deux visions et pense que nous devrions les fusionner en tirant le meilleur de chacune.

Ernest Johnson est un aîné micmac qui se spécialise dans le travail ancestral en utilisant des outils modernes5. Selon Tom Johnson, il fait partie de la terre que nous appelons maintenant RBLB. Ernest Johnson connaît les habitudes des animaux qui vivent sur place car il les a trappés et chassés de façon traditionnelle. Il sait comment cuire leur viande, tanner leur peau et faire des outils avec leurs os. La chose la plus importante : il sait quand faire ses récoltes sans effets néfastes sur la population et enseigne ses méthodes à quiconque s’y intéresse. Les principes du programme MAB6 de l’UNESCO reflètent d’emblée la relation d’Ernest Johnson avec la Terre.

La fin des industries du charbon et de l’acier au Cap-Breton nous a permis de mettre sur pied un modèle de durabilité et de développement économique communautaire dans l’environnement du Lac Bras d’Or, qui est naturellement magnifique. Qu’est-ce que cet environnement a donc de si unique pour qu’on y accorde autant d’attention? C’est le domicile de 33 466 êtres humains, ce qui correspond à 26 % de la population d’Unama’ki et à 13 % de celle de la Nouvelle-Écosse. Cependant, ces résidents sont souvent dispersés. Environ 8,8 % de ces résidents occupent un kilomètre carré, ce qui correspond à la moitié de la densité de population moyenne du reste de la province. 

Cinq communautés micmaques occupent la terre de la RBLB. Les membres de ces communautés habitent beaucoup plus près les uns des autres (110,5 habitants par km2) et sont plus jeunes (moyenne de 27 ans comparativement à la moyenne générale de 50,4 ans). Les 5 919 Micmacs de la RBLB représentent 17,7 % de la population totale; le taux de croissance post-2011 (8,31 % par année) génère une impressionnante croissance de la population générale pour toute la RBLB (0,11 % par année comparativement à 0,04 % dans l’ensemble de la province)7. L’avenir s’annonce donc prometteur et dynamique!

L’écologie passée et présente d’un écosystème charismatique

Le Lac Bras d’Or et son bassin hydrologique forment un écosystème qui reflète son long passé, caractérisé par sa faune et sa flore, et par l’intime relation entre la terre et ses gardiens. Nous sommes tous liés (MSIT No’kmaq) à notre passé et à notre avenir grâce à cette terre. Par ailleurs, la beauté naturelle saute aux yeux de quiconque se déplace le long du rivage. Le Lac Bras d’Or et son bassin hydrologique s’étendent sur 3 500 km2 d’écosystèmes aquatiques et forestiers au centre de l’île du Cap-Breton. 

Le lac n’est ni vraiment un lac ni une mer intérieure. C’est plutôt un estuaire où l’eau douce et l’eau salée s’entremêlent. Il est divisé en deux parties distinctes parfois appelées « gros lac » et « petit lac ». Ainsi, on parle souvent des « lacs du Bras d’Or », au pluriel. Cependant, la BLBRA privilégie l’appellation « Lac Bras d’Or » puisqu’il s’agit d’une seule étendue d’eau. L’estuaire occupe 31 % de la réserve de la biosphère. Le bassin hydrologique en occupe le reste. Il y a plus de 1 000 km de ligne de côte, avec une abondance de belles plages pour la baignade et d’anses abritées pour l’amarrage de bateau. Les animaux qui habitent l’estuaire sont les descendants d’ancêtres ayant vécu à l’époque où le niveau de la mer et les températures de l’eau étaient fort différents. Il y a environ 5 000 à 6 000 ans, le Lac Bras d’Or était encore une série de petits lacs ou d’étangs d’eau douce reliés à l’océan Atlantique par de longs systèmes de rivières8

Image d’Unama’ki depuis un satellite Terra de la NASA, prise le 30 mai 2018 et téléchargée par Fred Baechler. L’estuaire du lac Bras d’Or est au centre de l’île.
Image d’Unama’ki depuis un satellite Terra de la NASA, prise le 30 mai 2018 et téléchargée par Fred Baechler. L’estuaire du lac Bras d’Or est au centre de l’île.

La mémoire culturelle de cette époque est présente dans le nom micmac du Bras d’Or (Pitu’paq), qui signifie « les eaux qui coulent ensemble ». Avec le retrait des glaciers, le niveau de l’eau a atteint le niveau de la crête du substratum rocheux dans le canal du Grand Bras d’Or, et l’eau salée a commencé à se déverser dans les basses terres du Lac Bras d’Or que nous connaissons aujourd’hui. Sur une longue période, le niveau de la mer a monté et descendu; l’océan environnant a été plus chaud et plus froid qu’il ne l’est aujourd’hui. Grâce aux nombreuses poches d’eau protégées, profondes ou non, le Lac Bras d’Or actuel fournit toujours un domicile à des espèces uniques de l’Arctique et à d’autres espèces subtropicales arrivées à cette époque. De petites créatures de la taille de crevettes et des annélides qui abondent dans les eaux froides et profondes du Lac Bras d’Or sont introuvables à l’extérieur du haut Arctique. 

Des huîtres, des espèces de poisson plat et plusieurs autres espèces d’annélides qui trouvent refuge dans les eaux chaudes et peu profondes du lac ne sont pas communes ailleurs au nord de la Virginie. Le Lac Bras d’Or est véritablement unique, car avec une seule étendue d’eau, il offre un habitat tant aux espèces arctiques que subtropicales. On compte plus de 30 degrés de latitude sur une distance qui ne dépasse pas les 10 km9.

Intendance collaborative

Généralement, au sein des Réserves de la biosphère de l’UNESCO, les groupes partagent une vision commune de l’intendance environnementale. Les Cap-Bretonnais ont de fortes racines culturelles micmaques, écossaises et acadiennes. Ces trois peuples ont toujours été respectueux les uns envers les autres, et leur désir d’œuvrer ensemble ne date pas d’hier. Par ailleurs, les Micmacs sont les gardiens du territoire depuis des siècles. La philosophie micmaque représentée par le mot Netukulimk10 peut être vue comme un guide pour vivre dans le respect de la nature : le fondement même du programme MAB de l’UNESCO. Pour respecter le principe de Netukulimk, nous devons exploiter les ressources sans compromettre l’intégrité, la diversité et la productivité de l’environnement. Cette philosophie a généré la création de plusieurs organisations dédiées à l’intendance du Lac Bras d’Or.

La Commission de la faune aquatique et terrestre d’Eskasoni a été créée en 1991 en réponse aux problèmes environnementaux qui touchaient les Autochtones du bassin hydrologique. Le gardien de l’estuaire du Lac Bras d’Or relativement aux eaux d’égout est la société partenaire Pitu’paq, créée en 2001 par les leaders des cinq Premières Nations et des cinq municipalités du Cap-Breton (quatre comtés et la ville du Port Hawkesbury). 

L’institut des ressources naturelles d’Unama’ki, fondé en 1998 par l’EFWC, représente les cinq Premières Nations pour des enjeux en lien avec la gestion et l’intendance des ressources du territoire traditionnel d’Unama’ki (Cap-Breton)11. La Fondation de préservation de la nature du Lac Bras d’Or12 est un organisme sans but lucratif formé en 1991 pour protéger des terres privées d’importance environnementale dans le bassin hydrologique du Lac Bras d’Or et pour sensibiliser les communautés du Cap-Breton et ses visiteurs au sujet de l’héritage culturel et écologique unique du lac.

Fondée en 1998, la Société d’intendance du Lac Bras d’Or13 est un organisme sans but lucratif dont les membres se consacrent à l’intendance responsable du lac Bras d’Or et de son bassin hydrologique. En 2018, les membres plus anciens du conseil d’administration de la Société ont décidé d’unir leurs forces à celle de la BLBRA. Une décision importante a été prise : acheter une adhésion à vie à la BLBRA pour les 96 membres de la Société! Ce don en ressources humaines a presque doublé le nombre de membres de l’Association (elle en comptait auparavant 118), tout en lui donnant accès à une banque importante de talents et d’expériences, ainsi qu’à un soutien financier substantiel.

La CEPI (une initiative collaborative de planification environnementale des lacs Bras d’Or)14 a vu le jour à la suite d’une demande des chefs des Premières Nations en 2003. Ceux-ci voulaient concevoir un plan de gestion environnementale global pour le Lac Bras d’Or et les terres de son bassin hydrologique. Ce partenariat comprend cinq Premières Nations, quatre comtés, trois ministères provinciaux, trois ministères fédéraux et plusieurs organisations non gouvernementales. Avant même que l’UNESCO ne s’intéresse à la RBLB, nous étions déjà en train de travailler ensemble pour maintenir l’intégrité de notre domicile naturel.

Notre parcours commun

À mesure que la BLBRA s’établit, nous tissons des liens plus solides avec la CEPI. Stan Johnson fait le pont entre les deux organisations. Il est coordonnateur de la CEPI et siège au conseil d’administration de la BLBRA. Plusieurs autres membres du conseil et moi-même siégeons au comité directeur de la CEPI. Deux exemples de notre collaboration : une initiative scientifique citoyenne à la grandeur de l’estuaire, appelée « la surveillance du Bras d’Or », et un colloque et forum portant sur l’adaptation aux changements climatiques.

En ligne avec la culture micmaque, la CEPI a défini une vision de la protection et de la durabilité du Lac Bras d’Or ainsi qu’un processus de planification pour les gens et les membres du gouvernement qui vivent et travaillent sur le territoire du Lac Bras d’Or. On considère le lac comme une entité vivante qui influence les sentiments des personnes et qui les soutient de différentes façons. La philosophie autochtone parle du processus de planification dans The Spirit of the Lakes Speaks15.

« Le processus de planification présente une façon d’agir pour les administrations municipales, les gouvernements provinciaux et fédéral ainsi que pour les Micmacs d’Unama’ki afin de maintenir la confiance, la transparence, l’harmonie et la coopération entre eux, tout en s’acquittant de divers mandats de protection, d’entretien et d’amélioration du bassin hydrologique des lacs Bras d’Or. Le processus offre un ensemble de principes directeurs pour la prise de décisions et leur application. Il comporte une planification circulaire guidée par la roue médicinale et le concept de double vision, qui allie savoir scientifique contemporain et savoir écologique traditionnel sur les plantes, les poissons et la faune des lacs et des terres du bassin hydrologique. »

Ce partenariat de la RBLB repose sur le respect mutuel; les résidents obtiennent ce respect en apprenant des choses au sujet de la culture et de la philosophie micmaques ainsi qu’en renforçant les liens culturels. Il y a plusieurs initiatives qui vont dans ce sens à l’heure actuelle. Un programme scientifique interculturel, adapté au contexte local, est en cours d’élaboration. C’est une période importante pour le système scolaire néoécossais car les enseignants travaillant fort pour intégrer une dimension plus autochtone à leurs programmes. Dans la RBLB, nous sommes en bonne posture pour contribuer à ces efforts grâce à notre formule d’apprentissage basée sur la Terre mère et le contexte local, à l’aide du principe directeur de la double vision. En outre, des ressources d’apprentissage expérientielles et interculturelles sur la forêt acadienne et le saumon (Plamu) ont été élaborées par le comité de l’éducation de la RBLB. Adoptées par la Commission scolaire micmaque (Mi’kmaw Kina’matnewey), elles sont présentement passées en revue par le ministère de l’éducation de la province. 

D’autres modules sont aussi en cours d’élaboration. Un troisième module se concentre sur les microhabitats de l’estuaire du Lac Bras d’Or; les élèves en apprennent plus sur les adaptations qui permettent au plancton atypique de contrôler sa densité et de rester dans les masses d’eau auxquelles il est physiologiquement adapté. Les espèces reliques de l’Arctique qui ont envahi l’estuaire il y a des milliers d’années, quand les ancêtres des Micmacs vivaient dans un climat bien plus froid, peuvent désormais maintenir leur habitat dans les profondes poches d’eau froides reculées du Lac Bras d’Or. Le présent reflète encore le lointain passé. 

Un autre module vise l’analyse des caractéristiques clés de l’habitat de deux espèces de crabes, l’une résidente et l’autre envahissante, à l’aide de la roue médicinale. Quand un habitat est en équilibre, comme on peut le voir sur la roue médicinale, tous les besoins de l’animal sont comblés. Les élèves peuvent observer le déséquilibre provoqué par l’espèce envahissante sur l’habitat de l’espèce résidente. Ces modules scientifiques multidisciplinaires, adaptés au contexte local, mettent les élèves en contact avec la philosophie micmaque, les aident à comprendre les vastes cycles naturels et encouragent le dialogue intergénérationnel fondé sur des histoires enracinées dans la mémoire culturelle locale. Selon l’aîné Albert Marshall, il est grand temps que la science micmaque soit présentée dans les programmes scolaires. La RBLB est l’endroit idéal pour concevoir ces modules en terrain commun.

Cultiver une éthique d’intendance

Plusieurs initiatives de la BLBRA en cours visent l’objectif commun de présenter aux résidents et aux visiteurs l’écosystème de la réserve de biosphère dans le but de cultiver une éthique d’intendance. Ces initiatives comprennent des chroniques mensuelles dans les quatre journaux locaux et sur les médias sociaux au sujet  des événements naturels qui se produisent dans le calendrier micmac16. Par exemple, la lune d’avril est celle de Pnatmuiku (les oiseaux pondent leurs œufs à ce moment). Les chroniques sont donc en lien avec la biologie reproductive des oiseaux locaux et sont importants culturellement, comme le canard noir (Apji’jkmuj), le geai gris du Canada (Nikaqoqwei) et le pygargue à tête blanche (Kitpu). Ces publications encouragent les gens à sortir pour observer ce qui se passe dans l’écosystème, selon le calendrier micmac. Les gens sont plus enclins à faire des efforts pour préserver les écosystèmes quand ils les comprennent et s’y attachent.

Une célébration de l’écosystème

Une autre initiative de la BLBRA : la mise sur pied d’un projet scientifique citoyen (surveillance du Bras d’Or) dans des sites côtiers, dans la forêt des réserves micmaques et dans d’autres espaces verts à l’extérieur des réserves, en collaboration avec l’Institut des ressources naturelles d’Unama’ki. Ce projet porte sur la conception d’outils qui nous permettent de voir et d’entendre ce que la Terre mère nous montre et nous dit17.

Le programme évolutif de la surveillance du Bras d’Or est le point de rencontre en science citoyenne et éducation publique, et vise à renforcer le lien habitat-humain en :

  1. fournissant une tribune aux citoyens pour qu’ils puissent interagir avec leur environnement;
  2. offrant du réseautage pour les citoyens qui veulent renforcer leur lien avec l’environnement;
  3. parrainant les résidents avec des scientifiques et des historiens qui peuvent transmettre leurs connaissances sur l’environnement.
Carte (anglais seulement) de la RBLB avec les premiers sites de la veille du Bras d’Or.  Carte fournie par Lynn Baechler.

Les changements climatiques touchent la RBLB à un rythme effarant; reprendre contact avec l’environnement fait donc partie des stratégies pour encourager les observateurs à reconnaître les changements et à s’y adapter. Ainsi, la journée de la surveillance du Bras d’Or a lieu le même jour chaque année (au milieu de l’été), dans les mêmes sites.

Le site le plus important dans l’ensemble du programme de la surveillance du Bras d’Or se trouve sur les côtes de la plus grande réserve micmaque du monde (Eskasoni). Plusieurs Cap-Bretonnais font le voyage pour visiter cet endroit et y voir les crabes envahissants, les charismatique syngnathes nordiques et les exubérants oiseaux de mer. Ils mettent alors les pieds dans une réserve micmaque qu’ils ne visiteraient pas en temps normal, ce qui leur permet d’entrer en contact avec les chercheurs micmacs de cette communauté. Le projet scientifique citoyen va au-delà de la simple observation de l’écosystème.

La BLBRA relie aussi des sentiers afin qu’il soit possible de marcher aux alentours du Lac Bras d’Or et de raccorder toutes les communautés (dont les quatre réserves micmaques). Nous sommes tous liés (MSIT No’kmaq) et la BLBRA s’assure que nous puissions rester en contact.

Observateurs d’oiseaux de la veille du Bras d’Or sur la plage Morris, à Eskasoni, en juillet 2018. Crédit photo : Annamarie Hatcher.

Notre avenir 

La BLBRA reconnaît que nous sommes privilégiés d’être accueillis en territoire micmac non cédé. Nous avons  tous été assis à la même table dès le début, unis par cet objectif commun de prendre soin du Lac Bras d’Or. Nous travaillons à l’équilibre entre les visions micmaque et occidentale, en tirant le meilleur de chacune et en reconnaissant leur origine. Nous agissons en tant que catalyseur entre plusieurs cultures distinctes et entre l’écosystème et les résidents et les visiteurs. Nous faisons ensemble le premier pas vers une réconciliation avec la terre. Stan Johnson dit :

« Nous ne venons pas seulement de la terre, nous faisons partie d’elle. Nos ancêtres sont partout autour de

nous – le sol, les arbres, les rivières et la faune qui habite ces terres18. »

Logo du comité des sentiers de la BLBRA

Références

1

 http://www.integrativescience.ca/ 2

 http://unesdoc.unesco.org/images/0024/002474/247418E.pdf, page 11 3  http://efwc.ca/  4

 https://www.youtube.com/watch?v=_UX5VhevPos 5

 https://www.youtube.com/watch?v=e9G_XNw3cVw&t=0s&index=5&list=PLAXQhstkp8KUtvc5OaPfDrXY7Q WlEz4g6 6

 http://www.unesco.org/new/fr/naturalsciences/environment/ecologicalsciences/manandbiosphere

programme/ 7  Analyse du recensement de Statistique Canada par Bruce Hatcher, Ph. D., en 2016. 8  SHAW, J., D. J. W. PIPER et R. B. TAYLOR. « The Geology of the Bras d’Or Lakes, Nova Scotia » (accent sur les poissons), Proc. N.S. Inst. Of Sci., volume 42, p. 127-148. 9  LAMBERT, T. « Overview of the Ecology of the Bras d’Or Lakes with Emphasis on the Fish », Proc. N.S. Inst. Of Sci., volume 42, p. 65-100. 10

 http://www.uinr.ca/programs/netukulimk/ 11

 http://www.uinr.ca/ 12  http://brasdorpreservation.ca/ 13

 https://brasdorstewardshipsociety.org/drupal/ 14  https://brasdorcepi.ca/ 15

 https://brasdorcepi.ca/wpcontent/uploads/2011/07/SpiritoftheLakespeaksJune23.pdf 16

 http://www.capebretonpost.com/community/annamariehatchermuchischangingatthistimeofyear190039/ 17  http://biospherejournal.org/vol11/fourtharticle/ 18

Soutenez le travail de nos régions de biosphère

Rejoignez-nous pour construire des communautés résilientes, protéger la nature et créer un avenir durable pour les générations à venir.

En savoir plus
A photo of boats at Alma Warm in New Brunswick.